Vignes, vins et vignerons

entre

Marne et Morins.

Qui découvre le passé de notre région, pourrait s'étonner de lire que la Brie a été une terre viticole. Et pourtant, les traces – les preuves pourrait-on dire – sont nombreuses, non seulement dans les archives (départementales et municipales, actes notariés, titres de propriété, etc.), mais aussi "sur le terrain": vignes retournées à l'état sauvage dans les friches, outils, futailles, etc. dans les greniers et les celliers de particuliers, traditions, fêtes, chansons …

Dans ses grandes lignes, le passé viticole de la Brie (et de la Seine-et-Marne) est connu. La présente étude se propose d’en explorer le détail pour un secteur géographique entourant les vallées de la Marne et des deux Morins, et concernant de nombreuses communes de l'arrondissement de Meaux, en particulier des actuels cantons de Coulommiers, La Ferté-sous-Jouarre et Serris, tels que définis par le redécoupage cantonal entré en vigueur en 2014. Toutefois, il sera aussi question de certaines communes des arrondissements limitrophes, notamment de celui de Torcy. Il est à noter que, dans le corps de cette étude, il sera aussi fait référence à l'ancien arrondissement de Coulommiers, supprimé en 1926, et aux cantons de l'arrondissement de Meaux, tels qu'ils se présentaient avant la réforme de 2014.

Initialement, Boutigny et ses hameaux (ancien canton de Crécy-la-Chapelle, actuel canton de Serris; arrondissement de Meaux) a été le point de départ, et, pourrait-on dire, le prétexte de cette exploration. Mais rapidement et nécessairement, elle s'est étendue aux localités des alentours. En effet, on cultivait la vigne à Mareuil-lès-Meaux comme à Boutigny, les vignerons de Quincy travaillaient comme ceux de Magny-Saint-Loup et de Vincelles, ceux Ségy suivaient les mêmes usages que ceux de Prévilliers et de Beaubry, des vignerons de Nanteuil et de Fublaines possédaient ou louaient des vignes à Boutigny ou à Quincy, tandis que ceux de Boutigny en possédaient ou en louaient à Coulommes ou Vaucourtois ... Techniques et pratiques similaires, solidarité corporative, traditions et intérêts communs, imbrication du foncier, parfois liens familiaux … bien des aspects liaient ceux qui cultivaient la vigne et en faisaient une véritable communauté vigneronne par-delà les limites paroissiales puis communales.

Exploration géographique, donc, mais aussi exploration chronologique : nous ferons de constants allers et retours entre le Moyen Age et le 20° siècle, entre l'Ancien Régime et l'époque moderne. Si la Révolution de 1789 a considérablement bouleversé la condition sociale des vignerons, ceux du 19° siècle ont, pour l'essentiel, perpétué les techniques et les savoir-faire de leurs ancêtres. Seules une série de cataclysmes phytosanitaires et une révolution technologique ont réussi à mettre un point final à la viticulture briarde.


Une origine très ancienne.

Les rapports de notre région avec la vigne et le vin remontent à la nuit des temps. Les Meldes, peuple celte dont la civitas se trouvait à l'emplacement de l'actuelle ville de Meaux, frappaient des monnaies de bronze décrites comme portant un sarment de vigne avec grappe (1). Toutefois cet indice ne saurait attester de la culture de la vigne dans la région à cette époque: les monnaies gauloises étant inspirées, voire copiées, de monnaies grecques ou romaines, ce motif décoratif n'était vraisemblablement pas reproduit d'après nature. Des amphores vinaires originaires d'Italie et datées des 2ème et 1er siècles avant J.-C., ont été retrouvées chez les Suéssions (Soissons), et les Rèmes (Reims), peuples celtes voisins des Meldes. Elles attestent, pour la région proche, de la consommation de vin importé d'Italie dès cette époque (2) . La viticulture ne se répand dans les provinces du nord de la Gaule qu'au début de l'occupation romaine (3).

L'époque mérovingienne voit se confirmer, pour notre région, l'importance de la vigne et du vin. Le testament de sainte Fare (daté de 632 ou 633) mentionne deux clos plantés de vigne, donnés au monastère de Faremoutiers "pour la célébration plus solennelle des fêtes au maître autel de l'église abbatiale" (4). Si l'authenticité de ce testament est discutée (le document parvenu jusqu'à nous ne serait qu'une copie tardive de l'original), et la localisation de ces clos indéterminée (5) , il reste plausible que la fondatrice de l'abbaye de Faremoutiers ait possédé et cédé des vignes à sa communauté monastique. La célébration de la communion eucharistique à travers le pain et le vin a amené l'Eglise à développer la culture de la vigne en même temps qu'elle christianisait la Brie.

Il est frappant que la plus ancienne mention explicite d'une production agricole à Boutigny concerne la vigne : par une charte de 1178, le comte Henry de Champagne accorde aux hommes du chapitre de Meaux, qui était seigneur temporel de Boutigny, un droit d'usage du bois mort dans sa forêt du Mans, pour leur chauffage, la clôture et l'échalassement de leurs vignes (6). C'est aussi le cas pour Coulommes : ce fief est mentionné vers 1172 dans le Livre des Vassaux du comté de Champagne, en même temps qu'une vigne de Saint Pierre appartenant pour moitié aux Templiers (7) . On ferait sans doute le même constat pour une multitude de localités de la région.


L'importance du vignoble.

Des mentions éparses du vignoble ne manquent pas : cartulaires d'établissements religieux, terriers de seigneuries, baux de location, actes de vente, inventaires de successions … Si leur fréquence et leur abondance permettent d'évaluer l'importance foncière, économique et sociale de la viticulture dans notre région, ces mentions n'en donnent pas pour autant une vision d'ensemble précise, chiffrée.

La première enquête globale, réalisée entre 1698 et 1700 pour la Généralité de Paris (8), ne fournit que des indications succinctes sur les trois Elections intéressant l'aire géographique de la présente étude (Elections de Meaux, de Rozoy et de Coulommiers) : nombre de paroisses plantées en vigne, quantité annuelle de vin produite, prix de vente et qualité.

Election de Meaux : « Dans trente paroisses, il y a des vignes mêlées avec des terres à froment, dans lesquelles on recueille, année commune, la quantité de trente-six mille muids de vin. La qualité en est fort médiocre ; ils sont durs et grossiers et se vendent ordinairement 25 à 30 L le muid» (9).

Election de Rozoy : « Tout ce pays est occupé en labours, à la réserve de sept paroisses qui sont mêlées de vignes, savoir : Guérard, La Celle, Faremoutiers, Bernay, Chaumes, Courtomer et Courpalay ; dans lesquelles il se recueille, année commune, la quantité de quatre mille muids de vin ; il est d'une qualité fort grossière et se consomme dans le pays» (10).

Election de Coulommiers : « Il s'y recueille aussi des vins dans douze paroisses, qui peuvent monter, année commune, à la quantité de huit mille muids ; pour en connaître la qualité, il suffit d'observer que c'est pays de Brie. Il se vend ordinairement 20 à 24 L le muid, et se consomme dans le pays» (11).

A la fin du 18° siècle, Louis Bertier de Sauvigny, Intendant de la Généralité de Paris, fait dresser un plan de chacune des paroisses de son ressort en vue d'une répartition plus équitable de la taille, principal impôt direct de l'époque. Ces plans d'Intendance indiquent les surfaces occupées par les terres labourables, les prés, les vignes, les bois, etc. Les plans de certaines paroisses n'ont pas été conservés (par exemple Coulommiers et Quincy) ou ne mentionnent pas les superficies plantées en vignes (par exemple Mouroux et La Celle sur Morin). Toutefois, certaines lacunes peuvent être comblées grâce aux rapports des arpenteurs chargés de dresser ces plans d'Intendance (Quincy et La Celle). Le tableau qui suit donne, par ordre décroissant, la liste des 25 paroisses de notre secteur contenant les plus grandes superficies de vigne (faute de données pour la raison qui précède, Mouroux, ne figure pas sur ce tableau, alors que cette paroisse détient sans doute à cette époque un des vignobles les plus étendus de la région). On peut ainsi comparer la superficie consacrée au vignoble à celle de l'ensemble de la paroisse et à celle des terres labourables.


25 paroisses les plus vigneronnes

Vignoble briard et vin de Brie.

Aujourd'hui moins célèbre et réputé que le vignoble champenois ou le vignoble bourguignon, et très rarement mentionné dans la littérature spécialisée moderne en raison de sa disparition quasi complète, le vignoble briard n'en a pas moins été une réalité. En revanche, son émanation, le vin de Brie, a acquis une célébrité ou plutôt une réputation qui l'a largement fait connaître, au point que l'expression "vin de Brie" était devenue un lieu commun péjoratif. Dès 1647, François Le Metel de Bois-Robert évoque "le mauvais vin de brie" (12). En 1665, c'est Nicolas Boileau qui, en deux vers, scelle pour l'avenir le sort de ce cru :

« Je consens de bon cœur, pour punir ma folie,

que tous les vins pour moi, deviennent vins de Brie » (13).

En 1694, le Mercure Galant publie "Le vin de Brie", fable dans laquelle ce cru symbolise ce qui est à fuir (14). Dans son Dictionnaire universel de commerce, publié en 1726, Jacques Savary Des Bruslons relève : « Il se recueille dans l'Election de Meaux, près de quarante mille muids de vins : mais comme il est de ceux, qu'en proverbe, et pour en dénoter ma mauvaise qualité, on appelle Vin de Brie, il ne s'en fait guère de Commerce au dehors ; tout se consumant dans le Païs » (15).


A titre d'exemple, le vignoble de Boutigny dans la littérature.

Comme pour bien des communes de Seine-et-Marne c'est Théophile Lhuillier qui, le premier, a vulgarisé l'histoire de Boutigny, très souvent liée à celle des institutions religieuses (16). Il nous apprend ainsi qu'en avril 1242, Guy de Cuisy constitue une rente de douze sols au profit du chapelain du lieu, à prendre sur une vigne lui appartenant au hameau de Beaubry (ancien hameau de Boutigny) (17) . En 1300, Jean Petel, chancelier de la cathédrale, donne à ses confrères chanoines une vigne à Boutigny (18). Au quinzième siècle, les chanoines donnent à bail leur mairie-justice de Boutigny, avec perception des amendes et des dîmes en vin (19). Pendant les guerres de la Ligue, le 30 janvier 1595, trois cents soldats du régiment de Picardie pillent les maisons de Boutigny et brûlent les cuves des vignerons (20).

Les archives communales et départementales, les archives des notaires, les recherches et travaux d'érudits et d'historiens sont des sources qui recoupent, confirment et complètent ce que Lhuillier nous apprend, aussi bien pour Boutigny que pour les autres localités de la région.


La vigne dans la toponymie.

La culture de la vigne a aussi laissé sa marque dans les noms de lieux. Sur le premier cadastre moderne de Boutigny (1833) (21) , on peut relever les Petites Vignes, les Vignes de Belou (et Sur les Vignes de Belou), les Vignes de la Grande Arche, les Vignes de la Petite Arche, les Vignes d'En-Haut, les Vignes des Grands Prés.

L'origine et le sens du toponyme la Bourgogne sont moins évidents, bien que le lieu-dit en question ait été planté en vigne au 19° siècle. Naturellement, aujourd'hui, on pense à la Bourgogne, région viticole. Mais, jusqu'à la fin du 18° siècle, dans notre région, le terme bourgogne désignait le sainfoin ou foin de Bourgogne, cultivé en prairies artificielles pour produire du fourrage (22). Cette culture, comme celle de la luzerne était restée quasiment expérimentale dans notre région et cantonnée sur de petites surfaces. D'ailleurs, un autre lieu-dit, les Sainfoins, était lui aussi couvert de vignes en 1833. On pourrait donc voir dans ce toponyme la Bourgogne la volonté de rappeler le souvenir d'une culture perçue à l'époque comme quelque peu exotique dans une localité réputée par ailleurs pour la qualité de ses prairies naturelles.


Peu de surface mais une place importante.

Comme on l'a vu plus haut, la vigne n'occupait pas la plus grande superficie de terres agricoles des localités "vigneronnes". Boutigny ne faisait évidemment pas exception: le plan d'Intendance de la paroisse, dressé en 1784, mentionne 188 arpents de vigne (96 hectares), alors qu'il indique 1.194 arpents de terre labourable (610 ha) et 192 arpents de prés (98 ha) (23) .

Si la vigne occupait moins de superficie que les labours et les prés, on comptait à Boutigny plus de vignerons que de cultivateurs. Pour l'Ancien Régime, à défaut de véritables recensements, on peut trouver des indications intéressantes dans les registres de baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse. Par exemple, pour l'année 1782, on relève 28 noms de vignerons et seulement 7 noms de laboureurs (24).

Noms et professions relevés dans le registre des baptêmes, mariages et sépultures de Boutigny et ses hameaux en 1782.

Vignerons: Nicolas Rozé, François-Alexande Rozé, Nicolas Gamot, Jean-Pierre Ruel, Jean Gaucher, Louis-Antoine Gaucher, Louis-Marc Gaucher, Louis-Denis-François Régnier, Antoine Régnier, Charles-Romain Richard, Nicolas Richard, Etienne Carré, Jean Copeau, Jean-Louis Deshayes, Jean Deshayes, Pierre Gallois, Jean-Antoine Leloup, Louis Camus, François Thuillier, Jean Dubois, Nicolas Degrain, Jean-Marie Piédeloup, Claude-Laurent Mascret, Jean Plocq, Pierre Plocq, Jean-Pierre Blot, Jean-Pierre Charpentier, Pierre-Antoine Qualitté.

Laboureurs: Jean-Michel Le Roy, Louis-Joseph Le Roy, Antoine Le Roy , Jean-Pierre Dagron, Jacques Gontier, Louis Hébert, Jean Lefevre.

Bien sûr, cela ne donne pas une image exhaustive de la population de la paroisse, puisqu'il n'apparaît dans les registres paroissiaux que les noms des personnes mentionnées à l'occasion d'un baptême, d'un mariage ou d'un enterrement.

Le premier recensement exhaustif et détaillé de population ne date que de 1836 (25). A Boutigny, il dénombre 68 vignerons et 60 cultivateurs. Par cultivateurs, on entend uniquement ceux qui exploitent pour leur propre compte, ce qui exclut les ouvriers agricoles qui travaillent pour autrui, tels, par exemple, que journaliers ou charretiers (respectivement 117 et 10 en 1836).


Le travail de la vigne comme activité principale.

Les cultivateurs sont ceux qui produisent principalement des céréales (blé, orge, avoine), des pois, des fèves, des betteraves, etc. et élèvent bovins et moutons. Ils peuvent aussi exploiter un peu de vigne. Sous l'Ancien Régime, on les appelle laboureurs. Le statut de ceux qui se déclarent vignerons est moins tranché. Ainsi, à Varreddes, dans les années 1780, Pierre et Jean Denis se déclarent vignerons, alors que la vigne ne représente que 10% de l'ensemble des terres que cultive le premier et 5% de celles du second (26).

Jean-Michel Desbordes explique :

«L'essentiel des terres est donc consacré aux labours, […], une faible superficie est plantée en vigne. Mais le paysan ne s'intitule pas moins vigneron parce que, d'une part, la viticulture appelle des soins nombreux et assidus et que de l'autre les profits tirés de la vendange s'avèrent nettement supérieurs à ceux tirés de la récolte des céréales. Profits familiaux plus encore que profits commerciaux : la culture de la vigne nécessite en effet l'utilisation d'une nombreuse main-d'œuvre qui, sans cette activité, aurait de sérieuses difficultés d'emploi» (27).

En juillet 1790, après le décès de Jean-Michel Bécard, vigneron à Coulommes, le notaire du lieu réalise l'inventaire des récoltes du défunt en blé, orge, avoine, foin et chanvre encore sur pied, et, en septembre 1790, il met aux enchères la vendange restant à effectuer (28). Il apparaît que notre vigneron cultivait 2 arpents 24 perches de terre labourable (en 17 parcelles), 11 perches de pré (en 2 parcelles) et seulement 60 perches de vigne (en 14 parcelles) dispersées dans les terroirs de Coulommes, Bouleurs, Boutigny, Vaucourtois et La Chapelle. Un arpent contenait 100 perches. Mais, selon les localités, l'arpent avait une surface différente : à Boutigny Fublaines et Nanteuil, on utilisait l'arpent de 100 perches de 22 pieds de côté, dit arpent de roi (51,07 ares), tandis qu'à Mareuil, Coulommes et Villemareuil, on utilisait l'arpent de 100 perches de 20 pieds de côté, dit arpent commun (42,21 ares), et à Ségy l'arpent de 100 perches de 18 pieds 4 pouces (35,28 ares).

Peu de temps après la Révolution, le statut du vigneron est le même que sous l'Ancien Régime : en 1807, dans l'arrondissement de Coulommiers, on note que «cette espèce de propriété est extrêmement divisée et appartient presqu'entièrement aux vignerons-manouvriers qui cultivent eux-mêmes la vigne et se livrent en outre aux autres travaux de la campagne, tels que la moisson, la fauche des prés, le battage des bleds ; sans cette double industrie le vigneron aurait de la peine à subsister, un vigneron ne pouvant guère cultiver que quatre arpents à lui tout seul» (29).

A Boutigny, dans les années 1840-1850, on constate le même principe : Jean-Philippe Qualité, de Beaubry, est propriétaire de 63,35 ares, dont 10,30 ares de terre labourable, 37,95 ares de pré, 2,90 ares de jardin, et seulement 9,35 ares de vignes, soit moins de 15% du total (30). Pourtant, il ne se déclare pas cultivateur mais vigneron (31).

A la même époque, toujours à Boutigny, Jean-Louis Régnier possède plus de terres que Jean-Philippe Qualité, soit 1,415 hectare en 44 parcelles. La moitié de cette surface est en terre labourable, environ un quart est en prés, et un peu moins de 20% en vignes. Lui aussi se déclare vigneron .

Souvent, le cultivateur (le laboureur sous l'Ancien Régime) fait travailler ses quelques arpents de vigne par un vigneron. En compensation, il lui prête sa charrue pour labourer ses quelques pièces de terre labourable, ainsi que charrette, tombereau et chevaux pour le transport de sa vendange, de son fumier ou de ses pièces de vin.


Vigneron: un métier, plusieurs statuts.

L'on verra, aux différentes façons à donner à la vigne, que c'est un métier assez complexe et technique, et que la même dénomination de vigneron recouvre des statuts distincts.

Est vigneron celui qui exploite des vignes qui lui appartiennent en propre. C'est le cas de Jean-Louis Régnier et de Jean-Philippe Qualité.

Est aussi vigneron celui qui travaille la vigne pour le compte d'autrui, moyennant rémunération en espèces ou en nature.

Enfin, est vigneron celui qui exploite des vignes appartenant à autrui et dont il n'est que locataire. C'est le cas de Jacques Nouri, vigneron à Magny-Saint-Loup, à qui Georges-Antoine Bonnard, laboureur et concierge du châtelain M. Choart, loue le 10 juillet 1790 et pour une durée de 9 ans 12,5 perches de terre (environ 6,4 ares) en 2 parcelles, et 20 perches de vigne (environ 10,2 ares) en 5 parcelles (32).

Au début du 18° siècle, dans l'arrondissement de Coulommiers «l'usage est de louer à bail, et seulement pour trois ans ; on loue à moitié-fruit et l'on entre pour moitié dans les frais d'échalas, de vendange, de fumier et de replantage » (33).

Certains vignerons combinent ces divers statuts. Tel qui possède et exploite quelques parcelles de vigne peut être locataire de quelques autres. Ce pourrait être le cas de Jean-Michel Bécard, vigneron à Coulommes. Tel qui travaille sa propre vigne peut travailler aussi celle d'un autre propriétaire.


Des parcelles minuscules.

La superficie moyenne des parcelles de vigne de Jean-Louis Régnier, évoqué plus haut, est de 200m², la plus grande mesure 780m², mais 2 parcelles ne mesurent que 50m².

La petite taille des parcelles est propre aux terres à vigne. Cinq des 14 parcelles de Jean-Louis Régnier ont une superficie inférieure à 100m², et 6 ont une superficie comprise entre 100m² et 200m². De ses 19 parcelles de terre labourable, seules deux font moins de 100m², et cinq moins de 200m². De même, seuls deux prés font moins de 200m², tous les autres dépassent 300m². On pourrait faire le même constat pour les terres d'autres vignerons, car on trouve dans le vignoble de Boutigny une multitude de parcelles de moins de 100m². Cas sans doute extrême, au lieu-dit la Gloriette, une parcelle appartenant à Denis Leverbe de Coulommes (34), ne mesure que … 20m² ! La situation est la même dans les communes environnantes. A Mareuil, on lit dans la monographie communale rédigée par l'instituteur en 1889 : «Le territoire est morcelé à tel point qu'on y trouve des pièces de terre ou de vigne au-dessous d'une demie perche métrique (0, 21a ou 21 m²), ancienne mesure du pays qui valait 42 centiares. » (35).

Cette exiguïté des parcelles de vigne s'explique par le mode de partage des successions. Au décès du père ou de la mère, par souci d'équité, chacune des parcelles de la succession est divisée en autant d'héritiers, de façon que chacun d'eux reçoive la même surface de la même qualité de terre.

Propriétés de Jean-Louis Régnier

Les vignes du Seigneur.

Bien évidemment, quand on évoque la vigne et le vin, on les associe à la classe de ceux qui travaillent l'une et élaborent l'autre, ces petits cultivateurs, membres, sous l'ancien régime, du tiers état. Mais beaucoup de vignes sont alors des biens d'Eglise. Rappelons que pour l'Eglise, le vin représente le sang du Christ dans la communion eucharistique.

Certaines vignes appartiennent en propre à des communautés religieuses, abbayes ou monastères. Quelques communautés, comme les bénédictins, associant le travail à la prière, peuvent cultiver elles-mêmes leurs vignes. D'autres vignes appartiennent à des institutions religieuses, évêché, cure, chapitre, et concourent à la production du revenu de leurs titulaires, évêque, curé, chanoines … qui les louent à des vignerons ou les font travailler par du personnel rémunéré. Le vin produit peut servir à la communion eucharistique, mais il est aussi consommé par les moines ou les ecclésiastiques, et il peut aussi être vendu.

On a vu que, dès le 7° siècle, l'abbaye de Faremoutiers possède des vignes. A Coulommes, ce sont les templiers qui tiennent les vignes de Saint-Pierre à la fin du 12° siècle (36). Au début du 15° siècle, l'évêché de Meaux possède des vignes à Varreddes, Villenoy et Crégy, dont l'évêque de Meaux est seigneur temporel, ainsi que dans les Larris de Meaux (37). La plupart de ces vignes est en friche du fait de la Guerre de Cent ans. Les vignes des Larris de Meaux sont vendangées par 5 femmes, le raisin est porté à Meaux par 2 hostiers et foulé par un homme de peine chargé aussi de tirer le vin et de porter le marc au pressoir (38). Le peu de vin récolté en 1424 est vendu 3 livres la queue sur le marché de Meaux (39).

On peut mesurer l'importance en volume du vin pour une communauté religieuse, et son usage, à travers une transaction de 1313, relative à l'abbaye de Saint-Faron à Meaux : «Il y avoit au quatorzième siècle à S. Faron trente-six Religieux de Chœur, outre les domestiques, non compris les Convers, les Converses & les Religieux des Prieurés dépendans, qui y faisoient souvent un assez long séjour : tout ce monde ne faisoit gueres moins de quatre-vingts bouches à nourrir par jour ; & outre cela, il y avoit bien des Hôtes à recevoir. Il fut donc réglé par une transaction entre l'Abbé & les Religieux, que ceux-ci fourniroient le vin aux trente-six Religieux de Chœur, aux Convers, aux Converses, aux domestiques, au Religieux des Prieurés dépendans lorsqu'ils viendroient passer quelques jours à l'Abbaïe, aux frères & aux proches parens des Religieux dans le même cas, aux Religieux des autres Ordres qui demanderoient l'hospitalité, & à leurs domestiques, aux deux chapelains … pour leurs Messes ; à la cuisine des Religieux, à ceux qui portoient les rouleaux ou billets des Confrères morts, aux sonneurs les jours de grandes Fêtes, enfin à toutes les Messes qui se devoient dire dans l'Eglise Abbatiale. […] Que si le nombre des Religieux venoit à excéder celui de trente-six, l'Abbé seroit alors obligé de supporter la dépense du vin pour les surnuméraires. A l'égard des étrangers ou des Hôtes, il le devoit aussi fournir pour les Abbez, pour les Abbesses, pour les Prieurs Conventuels, & pour leur suite, aussi-bien que pour le lavement des pieds du Vendredi Saint, & pour la veille de S. Faron, y compris les deux muids qui étoient dûs ce jour-la même aux Chanoines de la Cathédrale. Pour acquitter toutes ces charges, l'Abbé s'obligea de donner tous les ans centre trente-deux muids de vin aux religieux» (40).

La contenance du muid variait selon qu'il mesurait du grain ou du liquide, selon les localités et a évolué dans le temps. On ne connaît pas la contenance du muid de vin mesure de Meaux au début du 14° siècle, mais, à la même époque, le muid de Paris contenait près de 130 litres, celui de Melun 173 litres, celui de Crécy 195 litres, celui de Dammartin en Goële 219 litres … (41). Sur la base du muid de Paris, c'est plus de 17.000 litres de vin que l'Abbé de Saint-Faron s'était engagé à fournir annuellement aux religieux pour abreuver les seuls "surnuméraires", et les étrangers et hôtes accueillis à l'abbaye !

Dans certaines paroisses, le curé dispose de terres, de prés, de bois et de vignes qu'il fait cultiver ou qu'il loue à des cultivateurs et dont les produits ou les loyers constituent l'essentiel de son revenu. Pierre de Ronsard lui-même, alors qu'il est curé commendataire de Mareuil-lès-Meaux, vend 8.000 litres de vin à son cordonnier, provenant des vignes de sa cure (42). La cure de Coulommes comporte, pour l'entretien du curé, une quinzaine d'arpents de toutes natures, dont près d'un arpent de vignes au lieu-dit Lutet. Elles seront achetées en 1792 comme biens nationaux par Georges-Antoine Bonnard, laboureur à Magny-Saint-Loup (43).

Outre les vignes dont ils ont l'usufruit au titre de leur ministère sacerdotal, certains ecclésiastiques possèdent des vignes à titre personnel. Rappelons qu'en 1300, Jean Petel, chancelier de la cathédrale, donne à ses confrères chanoines une vigne à Boutigny (44). En juin 1783, le notaire de Coulommes établit l'inventaire des biens dépendant de la succession de Jean Simon Marlin, ancien curé de Coulommes, décédé le 1er février précédent (45). Parmi 95 parcelles de terre (sur Bouleurs, Coulommes, Fublaines, Magny-Saint-Loup, Quincy, Ségy et Vaucourtois), se trouvent 11 parcelles de vigne (3 à Quincy, 8 à Bouleurs), pour une superficie totale d'un arpent 61 perches et d'une valeur estimée de 770 livres.

Plus proche de nous, le 21 juillet 1791, Jean-Nicolas-Louis Lejarle, prêtre, chanoine du chapitre cathédral de Meaux et titulaire de la chapelle Saint-Loup à Magny, achète 14,5 perches de vignes à Boutigny : 2 perches au lieu-dit Sous le Bois, 3,5 perches au lieu-dit le Sauret, 4 perches au lieu-dit la Noré (?) et 5 perches au terroir de Mareuil (46).

A l'instar de Ronsard au milieu du 16° siècle, à la fin du 18° siècle, le curé de Quincy, Jean-Pierre-Denis Montauban, vend du vin. Dans son journal, un maître d'école de Silly-en-Multien écrit :

« Mardi 22 novembre 1785. M. Carriat m'a acheté une pièce de vin, grosse jauge du crû de Quincy. C'est une pièce de celles qu'il a acheté le 10 janvier dernier chez Mr le curé de Quincy . (47)

Mercredi 8 mars 1786. Mr Carriat m'a envoyé une grosse de vin du crû de Quincy. Il en a acheté quatre voitures de chacune 6 pièces chez Mr le curé de Quincy » (48)

Ainsi, le curé de Quincy semble faire le négoce en gros du vin : 24 pièces d'un coup en mars 1786. Sans doute une partie de ce vin provient-elle des vignes dépendant de la cure. Il est probable qu'il en reçoit aussi une partie au titre de la dîme. Nous verrons que la dîme des vins est avec celle des céréales, celles que se réservent les gros décimateurs (49). Une autre partie enfin provient peut-être de la quête du vin dont il sera aussi question plus loin.

La viticulture n'est pas le monopole des catholiques. En décembre 1684, sur les dix-huit anciens composant le consistoire du temple protestant de Nanteuil-Chermont, neuf sont des vignerons : Louis Chaudon et Etienne Martin de Quincy, Jean Adam et Estienne Ganelle de Mareuil, Noé Lonzième de Coulommes, Vincent Mercier de Crégy, Jean Martin et Jean Maquin de Nanteuil, Daniel Martin de Fublaines. (50)


La localisation des vignes.

A Boutigny, certains cantons ou climats étaient presque exclusivement occupés par la vigne. Sur le plan d'Intendance, levé en 1785, on remarque des terres à vigne au nord du ru des Cygnes, au flanc de la Montagne du Bois Le Comte, plus au sud, au lieu-dit les Murgés, et au sud des Grands Prés de Vincelles, à l'ouest et au Sud de Magny-Saint-Loup, au lieu-dit le Tartembois, et le long du ru du Mesnil (appelé ru de Coulomme sur le plan d'Intendance) (51).

Si on se réfère à la matrice cadastrale (à partir de 1836), on retrouve les mêmes localisations. Le détail des lieux-dits concernés est ici plus précis : au flanc du coteau bordant la rive droite du ru des Cygnes, on trouve les Bringandières, les Sainfoins, les Clos, la Semelle, la Boxante, les Grands Rayons, la Gloriette, la Massiette et le Poncelet. Ils sont exposés au midi et protégés des vents du nord par la Montagne.

Localisation des vignes 1785

Sur la rive droite du ru du Mesnil, les Vignes de Belou, les Vignes de la Grande Arche, les Grands Prés, le Pas de Loup, les Vignes de la Petite Arche, cantons auxquels on peut adjoindre les Forcifis et les Tartembois. Les Vignes de Belou sont exposées au soleil levant, les autres au midi. Près de Magny-Saint-Loup, un peu plus loin du ru du Mesnil, et également à flanc de coteau, on trouve les Vignes d'en-Haut, la Marnière et Sous le Bois, exposées au couchant ainsi que la Bourgogne, les Petites Vignes, le Clos et les Chardons, exposées au midi.

Enfin, trois cantons isolés paraissent curieusement situés : le Bas des Margotins, les Murgets et les Vignes des Grands Prés. Et on trouvait aussi, de-ci, de-là, quelques parcelles isolées dans d'autres lieux de Boutigny.

Localisation des vignes

La valeur du capital foncier.

De tous temps, on affecte un usage aux terres en fonction de leur situation topographique et de leur facilité d'exploitation : les terres trop humides pour être cultivées servent de prés, les terres pentues où la charrue ne peut pas passer servent au vignoble, et sur les terres labourables on cultive le blé, l'orge, l'avoine, la betterave, les pois, etc. Parmi les bonnes terres, à proximité des habitations, certaines sont des "jardins à herbe et à arbres" (aujourd'hui, on dirait des potagers et des vergers), et d'autres des terres à chanvre. Au 19° siècle, dans chacune de ces catégories, on distingue plusieurs classes, selon leur fertilité. Et bien entendu, les prix de vente et les loyers de ces diverses catégories et classes de terres s'en ressentent.

Dans les années 1860-1870, dans le département de Seine-et-Marne, le prix moyen des terres à vigne surpasse toujours celui des terres labourables (3.884 F l'hectare de vigne de 1ère classe, pour 3.264 F l'hectare de terres labourables de même classe). C'est dans l'arrondissement de Meaux que les terres à vigne valent le plus cher, devant celles des arrondissements de Melun et de Coulommiers (52).

S'agissant de prix moyens sur l'ensemble du département et ses arrondissements, des disparités se constatent au niveau des communes. Ainsi, si à La-Celle-sur-Morin, en 1888, l'hectare de vigne de 1ère classe vaut 7.000f, et celui de terre labourable seulement 5.000f (53), à Saint-Augustin, la même année, l'hectare de vigne ne vaut que 2.200f, tandis que celui de terre labourable vaut 2.900f (54).

Prix des terres 1871-1872

L'examen des minutes du notaire de Coulommes entre 1789 et 1792 confirme la variabilité des prix des différentes catégories de terres sur Boutigny. Un arpent de pré vaut 400 livres (au lieu-dit les Noues, vente Lefevre/Bonnard). Le prix d'un arpent de terre labourable va de 400 livres (Ruelle de la Vachette, vente Lefevre/Leloup) à 600 livres (3 localisations à Magny-Saint-Loup, vente Plocq/Richard), et même 938 livres (la Grande Haie, vente Vallet/Dubois). Un "jardin à herbe et à arbres" est vendu sur la base de 630 livres l'arpent à Prévilliers (vente Lefevre/Leloup), et une terre à chanvre est vendue sur la base de 1.300 livres l'arpent (le Vivier à Magny, vente Leharle/Bouticlier). Enfin, la terre à vigne se vend de 900 livres l'arpent (le Grand Pré, vente Vallet/Houdart) à 1.030 livres l'arpent (les Ruelles des Vignes, vente Vallet/Laroche) (55).

Après la Révolution, on lit dans le livre de raison de Joseph-Maximilien Martin, cultivateur à Nanteuil-lès-Meaux (56):

«Le 17 mars 1861, j'ai reçu de Jean-Baptiste Frère de Magny-Saint-Loup 110 francs pour 2 ares 11 centiares de vigne sise au terroir de Boutigny.

Le 18 mars 1861, j'ai remis dix francs à J.B. Frère par rapport qu'il pensait l'avoir acheter (sic !) à la grande mesure, mesure du lieu, auparavant la pièce était sur la commune de Mareuil dont les titres en font mention (re-sic !).»

Cette simple note nous apprend tout d'abord que cette vigne de Boutigny se vend alors 4.739 francs l'hectare. Elle nous apprend en outre que l'estimation de la surface de la parcelle s'est faite initialement d'après la mesure en vigueur à Boutigny sous l'Ancien Régime, et que J-M Martin appelle "la grande mesure". Il s'agit de "l'arpent de roi", équivalent à 51,07 ares. Cette parcelle dépendait auparavant de Mareuil, où l'on employait "l'arpent commun", équivalent à 42,21 ares. Quoique le système métrique soit entré en vigueur en 1830 pour doter le pays d'unités de mesure uniformes, 30 ans plus tard, le monde paysan continue d'évaluer la terre sur la base des mesures demeurées en vigueur pendant des siècles.


Les moyens matériels.

Les investissements techniques des vignerons sont moins importants que ceux des laboureurs. Un laboureur (après la Révolution, on dit plutôt cultivateur), doit mettre en œuvre des moyens conséquents : outils pour travailler la terre (charrue, herse, rouleau, etc.), moyens de transport (tombereau, charrette, gerbière), animaux de trait (chevaux ou bœufs), bétail pour produire l'indispensable fumier (vaches et moutons), et bâtiments d'exploitation (grange, hangar, étable, bergerie, etc.). Et il est généralement nécessaire de recourir à de la main d'œuvre extérieure lors des gros travaux (labours, foins, moisson, battage).

Le capital technique d'un vigneron briard est beaucoup moins important. L'inventaire après décès de Jean-Michel Bécard (57), évoqué plus haut, nous en donne une idée. Vigneron à Coulommes, il décède le 6 juillet 1790 à 53 ans. L'inventaire de ses meubles et effets est réalisé le 9 juillet par le notaire qui note, entre autres choses : «une mauvaise fourche à provigner, une mauvaise bêche, cinq mauvaises faucilles, une mauvaise faux sans manche, une mauvaise fourche de fer, deux fourches (en bois), un fauchet, une cuve pouvant contenir douze pièces de vin avec son cuvier et une petite échelle de huit pieds de hauteur, huit tonneaux à gueulbée (tonneaux sans couvercle, à "gueule béante", servant à transporter la vendange), deux hottes à vendange, quatre paniers d'osier dont trois mauvais, un tire-vin de fer blanc, un entonnoir, une écuelle de bois, une trétoire à cuve (sorte de tenaille en bois), une trétoire à tonneau, deux mauvais maillets de bois, un sergent (outil de menuiserie), un compas, un tire-fond, un bridon, une mauvaise bride, un dossier pour cheval (sans doute une dossière, élément de harnais), un porte culière d'osier neuf (la culière est aussi un élément de harnais), un tas de fumier dans la cour…»


Les cépages.

Le cépage le plus souvent cité pour les vins de Brie, sous l'Ancien Régime comme après la Révolution, est le gouaix (ou gouais, goet, gouet, etc.). Ce cépage très ancien est utilisé au Moyen Age dans toute l'Europe en dépit de sa piètre qualité, parce qu'il est très productif. Par croisements avec d'autres cépages, il est à l'origine de variétés de meilleure qualité. Ses ceps pouvaient produire pendant 60 ans (58).

En 1807, dans l'arrondissement de Coulommiers, c'est le gouais noir le plus cultivé, puis le teinturier (ou noireau), le gouais blanc, le blanchet (blanc), la colopine (blanc) et la rochelle blanche. On cultive aussi des cépages plus délicats : le meslier, le courton, les fromentin blanc et noir, le pineau, les beaune blanc et noir, le meunier, les bourgogne blanche et noire, le samoreau, le meyant et les gamet blanc et noir (59).

Selon une étude publiée en 1834, dans l'arrondissement de Meaux, les cépages les plus utilisés sont alors le meunier noir, le pineau (ou pinot) noir, le pineau blanc («rare»), le meslier blanc, le gouais noir «qui, mêlé avec le bon raisin, donne du corps au vin», le gouais blanc, le plant dit de Malvoisie, «qui produit de fort bon raisin, et qui pourtant est rare», le gamet (ou gamay), «qui donne abondamment mais ne fait pas de bon vin. Il est fort en usage parce qu'il rapporte beaucoup», le teinturier, «qui donne de la couleur au vin», le chamoiseau, «qui est rare quoique bon», le Languedoc (60).

Une autre étude, publiée en 1868, cite, toujours dans l'arrondissement de Meaux, les cépages utilisés : «le gouais, le meunier, le gamay, le gros noir, enfin les pineaux, trop rares et le beaune ou pineau blanc ; on cultive quelques chasselas» (61).

A Nanteuil, on utilise surtout le gouais, le meunier noir ou le pinot noir (62), et à Mareuil le goet, le blanc, le petit noir, le meunier et le teinturier (63).

A La-Celle-sur-Morin, l'instituteur qui rédige la monographie de la commune en 1888, note : «Les vignerons, ici, semblent tenir plus à la quantité qu'à la qualité du vin ; ils cultivent des plants connus sous le nom de gouaix, qui donnent des grappes munies de gros grains, mais qui prennent beaucoup de bois, de feuilles, ce qui retardent (sic) la maturité du raisin, et compromet souvent la vendange, quand les gelées d'automne apparaissent avant son achèvement. Cependant, quelques uns ont planté des meuniers, des gamets, et ils s'en trouvent contents ; ils ont moins de vin, mais ils l'ont de meilleure qualité » (64).

Au milieu du 20° siècle, à Boutigny comme à Coulommes, on cultive le baco ou bacot, l'oberlin et un peu de seibel (65), trois cépages créés par croisements et portant le nom de leurs obtenteurs.


Une vigne travaillée à bras et à mains.

On l'aura noté, pas de charrue dans l'inventaire après décès de Jean-Michel Bécard. A cette époque, il est en effet impossible de labourer la vigne, ne serait-ce qu'avec un araire. C'est que le vignoble n'a pas, alors, la belle apparence ordonnée qu'on lui connaît aujourd'hui, avec ses longues rangées de ceps aux sarments sagement alignés.

Depuis le Moyen Age et jusqu'au milieu du 19° siècle, on cultive la vigne en foule, c'est à dire sans ordre particulier. C'est la conséquence de la pratique du provignage, technique de multiplication des pieds de vigne consistant à enfouir un sarment dans le sol en laissant dépasser son extrémité. Il est séparé du pied "mère" l'année suivante, quand il a pris racine (pour d'autres espèces végétales, on parle de marcottage).

Au début du 19° siècle, les vignerons de l'arrondissement de Coulommiers n'ont plus recours au provignage stricto sensu, mais à des techniques voisines (la couche des nouées, les broches) ou à des procédés de bouturage (boutures et crossettes) (66). Ils se procurent de nouveaux plants soit dans leurs propres vignes, soit en les achetant à Solers, Sammeron, Citry, et jusqu'à Nogent-sur-Marne ou Argenteuil (67). Ces derniers procédés permettent d'adopter la culture en ligne.

Dans les cantons de Meaux et de Crécy, la culture en ligne semble adoptée vers 1850 (68). Bien qu'on n'en trouve pas de mention explicite, les deux modes de culture, en foule et en ligne, y ont sans doute coexisté quelque temps. C'est d'ailleurs encore le cas en 1868 dans l'arrondissement de Melun, où la vigne est déjà conduite en ligne à Boissise-la-Bertrand, Saint-Fargeau et la-Chapelle-Gauthier, alors qu'elle est encore en foule à Machault, Vaux-le-Penil, Maincy et Héricy (69).

Il arrive que, la culture en ligne ayant été adoptée, le recours au provignage entraîne un retour à la culture en foule. Au milieu du 19° siècle, dans le canton de La Ferté-sous-Jouarre, les vignes sont en ligne, mais elles finissent souvent, au bout de vingt ans, par être en foule (70).

Avec la culture en foule, on plantait deux à trois fois plus de pieds à l'hectare que ne le permet la culture en ligne. Nous verrons plus loin pourquoi la culture en foule a progressivement été abandonnée. Quoi qu'il en soit, pour les vignerons recourant à ce mode de culture, il n'y a pas de place dans leur vigne pour une charrue et un cheval qui piétinerait et bousculerait ceps et échalas. Par ailleurs, les parcelles étant extrêmement exiguës, il n'est pas question de perdre de la place en ménageant des espaces de circulation assez larges pour un cheval. Le vigneron laboure donc à la bêche, butte à la houe, désherbe au hoyau, charrie le fumier à la hotte et le raisin au panier.

Pour amener le fumier sur un chemin à proximité de la vigne, on fixe des mannes sur le bât d'un âne, et, de là, on le porte à dos d'homme, à la hotte, jusqu'au pied des ceps. De même pour la récolte, qui est amenée à dos d'homme depuis la vigne jusqu'au chemin. Elle est ensuite chargée dans des hottes portées par des ânes ou, au mieux, dans des gueulbées, sur une voiture à cheval parfois empruntée à un laboureur. Pour vinifier, il faut un cuvier, des tonneaux et de la place pour les entreposer.


Les différentes façons à donner à la vigne.

Les façons sont les travaux de préparation ou d'entretien d'une terre. Paul Bailly rapporte que les vignerons de Nanteuil comptaient 21 façons à donner à la vigne (71). Malheureusement, il n'en donne pas le détail. Nous pouvons néanmoins en avoir une idée en reconstituant le cycle annuel des travaux tels qu'ils se pratiquaient aux Parrichets et aux Courrois, hameaux de Mouroux (72), ainsi qu'à Citry (73), commune de Seine-et-Marne, en bordure de Marne et aujourd'hui dans la zone d'appellation contrôlée Champagne.

Considérons le provignage évoqué plus haut comme la première façon. Il s'agit de courber un sarment, toujours attaché à la souche mère, et de l'enfouir dans une petite fosse garnie de terre et de fumier, tout en laissant son extrémité à l'air. Le but est de lui faire prendre racine avant de le détacher de sa souche mère. Le provignage se fait de mars à mai, en même temps qu'on bêche la vigne. Ce labour, qu'on appelle la grosse façon à Mouroux, se fait au hoyau, petite houe dotée de deux pointes taillées en biseau. En même temps, on débutte, on déchausse les pieds de vigne qui, en novembre, avaient été buttés (recouverts de terre pour les protéger des gelées hivernales). C'est à la même époque que le vigneron qui ne recourt pas au provignage met en terre les nouvelles boutures.

Au débourrement, quand les bourgeons commencent à s'allonger, on fiche les échalas destinés à supporter les rameaux. On n'emploie jamais un maillet, qui les endommagerait, mais un fichoir, sorte d'étrier métallique permettant d'enfoncer l'échalas dans le sol avec le pied. Dans le canton de Crécy, en 1859, l'usage veut qu'on plante 28.000 échalas par hectare (74). A Mareuil-lès-Meaux, la vigne est attachée à des échalas de 1,33 m de hauteur (75).

En juin, l'accolage consiste à lier les rameaux à l'échalas à l'aide de paille de seigle. On fait aussi un second labour au hoyau pour détruire les mauvaises herbes, et on creuse une cuvette autour de chaque souche pour empêcher les grappes de toucher le sol.

On pratique ensuite l'ébauchage (à Citry, c'est l'ébroutage) en supprimant les sarments non fertiles ou gourmands, qui captent inutilement de la sève, et en rognant les autres au-dessus des grappes. On attache ces derniers en haut de l'échalas pour que le poids des grappes ne les entraîne pas au sol. C'est le liage (le reliage à Citry).

Au cœur de l'été, on rebine au hoyau et on supprime le feuillage inutile et les gourmands tous les quinze jours.

Après la vendange, le dernier binage, ou tierçage, détruit les mauvaises herbes. A Citry, c'est le buttage au cours duquel on "chausse" les ceps. Ainsi partiellement recouverts de terre, ils sont protégés contre les gelées d'hiver. On arrache alors les échalas que l'on entasse en "chèvres" au bout de la parcelle. Ils seront entretenus au cours de l'hiver : aiguisés, désinfectés et remplacés s'ils sont devenus inutilisables.

En décembre, on pratique un prétaillage consistant à éliminer le vieux bois qui a porté les grappes et les petits rameaux nouvellement poussés.

Au cours de l'hiver, on apporte du fumier qui sera enfoui lors du bêchage, et on remonte en haut du coteau la terre qui est peu à peu descendue. Ces deux façons se font à dos d'homme, à la hotte.

En mars, on taille en gardant plus ou moins d'yeux selon les localités. On taille à la serpe jusqu'au 19° siècle au cours duquel apparaît le sécateur.

Enfin, on arrache les plus vieux pieds quand ils commencent à produire moins : le meunier noir et le pinot noir au bout de 20 ans, le gouais au bout de 60 ans (76). «Avant de replanter en vigne le même terrain, on le laisse reposer dix à douze ans; pendant cet intervalle, on lui fait produire de la luzerne ou du froment» (77).

Outre le travail sur la vigne elle-même, le vigneron doit entretenir sa cuve, ses tonneaux, ses paniers et ses hottes, les réparer si nécessaire, les nettoyer, les désinfecter, etc. Il profite pour cela des mauvais jours d'hiver.


Le ban de vendange.

A l'origine, le ban de vendange est un privilège qui permet au seigneur de fixer la date du début des vendanges. Il n'a aucun intérêt à le faire arbitrairement, la qualité et le prix du vin dépendant du choix judicieux de cette date. En principe, il prend l'avis des principaux vignerons du lieu, qui visitent en délégation tous les climats de la paroisse pour vérifier l'état de maturation du raisin. En fait, lui-même ou son fermier tient compte surtout de l'état de maturité de ses propres vignes.

Dans notre région, les vendanges commencent en général au cours de la dernière semaine de septembre ou de la première semaine d'octobre. Dans certaines localités, et dans certains climats, la vendange peut commencer quelques jours plus tôt ou plus tard qu'ailleurs, selon leur situation géographique et leur exposition. Dans leur livre de raison, les vignerons de Varreddes ont noté les dates de début de vendange qui leur ont paru sortir de l'ordinaire (voir tableau) (78).

Dates de vendange à Varreddes

Des garde-vignes rémunérés sont chargés de veiller à ce que personne ne pénètre dans les vignes avant la date fixée. La date des vendanges une fois fixée, le seigneur, en vertu de ce privilège, et s'il a des vignes, fait commencer sa vendange avant les autres vignerons. Il a aussi le privilège de faire presser sa récolte le premier, et celui de posséder le pressoir banal auquel tous les vignerons sont tenus de d'amener leur récolte.

La prééminence du seigneur local dans la fixation du ban de vendange est vécue comme une gêne par les vignerons, qui demandent en 1789, dans le cahier de doléances du Tiers-Etat du bailliage de Meaux «que les habitants de la campagne pourront, après la moisson entièrement finie, faire les chaumes au jour par eux indiqué dans une assemblée de paroisse, sans être obligés de recourir à la juridiction du seigneur, et qu'il en sera usé de même pour le ban des vendanges. » (79).

Cette plainte, sans doute commune à tous les pays de vignoble, sera entendue par le nouveau pouvoir politique. L'Assemblée Nationale, en abolissant les privilèges dans la nuit du 4 août 1789, retire ce droit aux seigneurs. Mais elle maintient le ban de vendange dans les communes qui le souhaitent. Il ne s'agit plus alors que de fixer d'un commun accord entre les vignerons la date du début des vendanges. Il reste interdit de pénétrer dans les vignes pour commencer sa récolte avant le jour en question. Des garde-vignes sont désignés pour y veiller, comme à Boutigny :

«Ledit jour, 1er septembre 1793, en l'assemblée du Conseil Général de la commune dûment convoqué au son de la cloche et au prône de la messe paroissiale, tenue en la Maison Commune, lieu ordinaire des séances de la Municipalité, le procureur de la Commune a remontré que malgré les tournées du garde vert qui se font journellement sur le territoire de cette commune, vu son immense étendue, il était indispensable de nommer des gardes vignes pour veiller à la conservation des fruits.

La motion mise en délibération, il a été unanimement arrêté qu'ils seraient nommés cinq personnes pour veiller conjointement avec le garde vert pour veiller à la conservation des vignes et autres fruits dans l'étendue de cette commune.

Il a été en même temps arrêté qu'il serait payé auxdits cinq gardes à compter de ce jour, jusque et compris les trois premiers jours de vendange vingt cinq sols par arpent de vigne et rayons situés sur le terroir de cette commune, à la charge par lesdits gardes de faire des rondes et tournées tous les jours dans les limites de cantons de vignes, de faire au Greffe de la Justice de Paix du canton le rapport des délits qu'ils auront trouvés, à peine de destitution et de responsabilité des délits.

Les citoyens Louis Marc Gaucher, Pierre Louis Chambault, Jean Louis Rozé, Pierre Deshayes et Louis Etienne Richard, ayant réuni plus de suffrages, ont été invités de se présenter au Bureau, ayant accepté le prix de leur garde et les charges de leur commission, ont en même temps fait et prêté le serment de bien et fidèlement s'acquitter de leur charge et commission. » (80).

Selon le recueil des usages locaux de l'arrondissement de Meaux, en 1909, les bans de vendange subsistent à Boutigny et Coulommes, à Mareuil, Nanteuil, Penchard, Monthyon et Congis (81). On en trouve trace dans les registres municipaux de Coulommes jusqu'en 1908 (82).

Autre privilège d'Ancien Régime, le banvin, permet au seigneur de commercialiser son vin avant les autres producteurs pendant plusieurs jours (jusqu'à 40 jours !). Si ce privilège est attesté à Lizy-sur-Ourcq (83) et à Lagny (84), je n'en ai pas trouvé de mention dans les paroisses des alentours de Meaux, Coulommiers et La Ferté-sous-Jouarre.


La vendange.

«Sur les coteaux marche d'ordre une troupe :

L'un les raisins d'une serpette coupe,

L'autre les porte en sa hotte au pressoir»

(Pierre de Ronsard).

Chaque vigneron commence sa récolte par la parcelle où la maturation du raisin est la plus avancée, souvent la même, année après année, en raison de son exposition et d'un sol moins froid qu'ailleurs. Au jour dit, tout ce qu'il a pu réunir comme bras se retrouve dans cette parcelle : ses proches, femme et enfants, une ou plusieurs voisines toujours prêtes à ramener quelques sous à la maison (et moins payées que les hommes…), parfois un autre vigneron dont la vendange peut attendre un jour ou deux (et à charge de réciprocité)…

On récolte le raisin avec une sarpette (les cinq mauvaises faucilles mentionnées précédemment dans l'inventaire après décès de Jean-Michel Bécard). Tout le raisin est cueilli, mûr ou non, on ne fait aucun tri et on n'érafle pas (arrondissement de Coulommiers 1807). Une fois le panier plein, on le vide dans la hotte d'un costaud qui va jusqu'au chemin le plus proche remplir les gueulbées, attendant sur une charrette que quelque laboureur a bien voulu prêter. Dans beaucoup de climats de Boutigny, les parcelles des différents propriétaires sont si imbriquées que la plupart d'entre elles n'a aucun accès direct à un chemin. Il faut alors traverser la vigne des voisins pour porter sa récolte jusqu'à la sente la plus proche. Pour les vignerons les plus modestes (et les plus nombreux), un âne ou deux, équipés de hottes, conduisent la récolte jusqu'à la maison.

«Un drap blanc, bien attaché, recouvrait les hottes, en passant par-dessus le bât, ce drap empêchant les raisins de tomber dans les balancements provoqués par les pas mal assurés de l'âne. C'était souvent un adolescent qui était continuellement occupé à charrier la vendange de la vigne à la maison du vigneron et retour, l'âne marchant toujours devant lui. Quelques plus forts vignerons ayant deux ânes de somme, un seul homme, toujours derrière eux, les faisait marcher l'un derrière l'autre (car il n'y avait que des sentiers à travers les vignes), les commandant, fouet en main, par des diâ, des uïâ … â … â … accentués. Pendant la vendange, on entendait, dans toutes les contrées, les claquements continuels des fouets des jeunes gens conducteurs d'ânes, s'excitant à qui claquerait le plus fort. Les vendangeurs s'appelaient, s'interpellaient d'une contrée à l'autre» (85).

A Boutigny, le grand nombre de vignerons, et surtout le grand nombre d'ânes, ont laissé leur souvenir dans deux lieux-dits différents, en bordure du ru des Cygnes, et tous deux appelés "le Pont aux ânes" : l'un au sud de la Boxante, et l'autre au sud-est du Poncelet (86).

Les vendanges ne sont pas toujours une fête. En 1730, à Varreddes : «on a commencé à vendanger le 16 octobre auquel il faisait si froid qu'il fallait que chacun fît du feu pour se chauffer, les charrieurs ne pouvant pas même se chauffer» (87). En 1737: «il y a eu une grande abondance de vin partout, mais un très mauvais temps qui pleuvait tous les jours, et la fin encore pire que le commencement, en sorte que les anciens disent n'avoir jamais vu une vendange si difficile que celle-ci» (88).


Le grappillage.

Le grappillage consiste à récolter les grappes laissées sur les pieds de vigne après la vendange. Tout comme le glanage, le grappillage est une pratique consacrée par l'usage qui, peu à peu, a pu être été codifiée par les coutumes locales et par le Code rural de 1791. C'est alors généralement le préfet qui fixe les modalités du grappillage, et les municipalités qui sont chargées de veiller à leur application (89). Dans le canton de Crécy, au début du 20° siècle, «le grappillage est réglé par arrêté du maire pris du 1er au 11 novembre», et dans les cantons de Meaux, de Lagny, de La Ferté et de Dammartin, le grappillage peut se faire avec des gaules (?) (90).

Le grappillage est en principe réservé aux pauvres. Il est interdit de grappiller dans les terrains clos. Il est interdit de grappiller avant le lever du soleil et après son coucher. On ne peut grappiller qu'après le complet enlèvement de la récolte (91).

L'infraction donne lieu à la confiscation du produit du grappillage et, éventuellement à détention de police municipale de 3 jours au plus (92). Ainsi, à Varreddes en 1790 «la mère Vernet et son fils ont été pris au raisin, ont été mis en prison dans le toit du maître d'école » (93).


La vinification.

«A voir tomber cette manne pourprée

Qu'à pieds déschaux un gâcheur fait couler

Dedans la cuve à force de fouler.»

(Pierre de Ronsard)

On fait du vin blanc à partir de tout cépage et qu'il soit blanc ou noir. On le presse immédiatement, on le tire et on le fait fermenter en tonneau. On fait du vin rouge en le laissant cuver, ce sont alors les pigments contenus dans la peau du raisin qui lui donnent sa couleur.

Le raisin, une fois transvasé dans le cuvier, est foulé aux pieds pour en éclater les grains. La fermentation commencée, un chapeau de rafles, le marc, se forme en surface. Le vigneron le foule matin et soir. Après quelques jours, il verse quotidiennement sur ce marc quelques seaux de vin tiré du cuvier. D'une localité à l'autre, des nuances de procédé se constatent. A Mareuil, «On a pour la manipulation du vin un procédé particulier au pays, très avantageux pour le vigneron. La vendange, mise en cuve, est foulée légèrement. Après la fermentation, le marc est fréquemment mouillé avec le jus pour donner de la couleur. Au bout de trois ou quatre jours, on tire la goutte …» (94).

Ailleurs, la cuvaison dure de dix à quinze jours, ensuite de quoi le vin, filtré par une poignée de sarments maintenue par une pierre au fond du cuvier, est soutiré et mis en tonneaux où il termine sa fermentation (95). C'est le vin de goutte.


Le pressoir.

Le marc, extrait du cuvier et passé au pressoir, donne le vin de presse, que certains vignerons mêlent au vin de goutte.

«L'un tout autour du pivot fait rouer

La vis qui geint, l'autre le marc asserre

En un monceau, et d'ais pressés le serre,

L'un met à l'anche un panier attaché,

L'autre reçoit le pépin escaché,

L'un tient le muy, l'autre le vin entonne,

Un bruit se fait, le pressoir en résonne. »

(Pierre de Ronsard).

Jusqu'à la Révolution, pas de pressoir individuel : on presse au pressoir banal, équipement dont le seigneur du lieu détient le monopole et que la population est tenue d'utiliser moyennant le paiement d'un droit. A Mareuil, «Il y avait autrefois deux pressoirs banaux ; les habitants étaient obligés de payer le droit, qu'ils y allassent ou non» (96).

Un pressoir est mentionné dès 1242 à Beaubry (ancien hameau de Boutigny) (97). L'abbaye de Jouarre possède un pressoir banal à Saint-Cyr-sur-Morin et dans ses hameaux de Biercy, Archet et Monthomé (98), ainsi que dans dix autres localités (99). A Germigny, c'est l'évêque lui-même, en tant que seigneur du lieu, qui possède le pressoir banal et qui en confie l'exploitation à un fermier (100). A Coulommes, en 1726, un droit de pressoir banal est attaché à la seigneurie, et un bail de la grande ferme seigneuriale précise que le pressoir en question, qui se trouve dans la ferme du fief de Saint-Faron, doit être entretenu par le fermier qui en assure sans doute aussi l'exploitation (101). A Lizy-sur-Ourcq comme à Jaignes, à titre de paiement, le vigneron doit le sixième seau (un seau sur six) (102). En 1768, le pressoir banal de Sablonnières rapporte 50 livres par an au seigneur (103).

Ce droit seigneurial, comme tous les autres privilèges de banalité, sera supprimé en août 1789. Dès lors, quiconque pourra construire ou acheter un pressoir. L'ancien pressoir banal d'Archet subsistera jusqu'à cette date et sera vendu comme bien national à un particulier en 1791 (104). En 1807, dans l'arrondissement de Coulommiers, les frais de pressurage sont soit au septième seau, soit à 3 sous du seau (105).


La piquette, la boisson.

Une fois pressé, le marc (rafles, peaux, pépins) est remis au cuvier, mouillé d'eau et parfois sucré, et peut subir une deuxième fermentation pour donner la piquette, ou boisson, généralement réservée à la consommation familiale.

A Mareuil, le marc n'est pas sorti du cuvier pour être pressé, mais «Au bout de trois ou quatre jours, on tire la goutte (le vin de goutte) et on la remplace avec de l'eau. Il s'opère une nouvelle fermentation, à l'aide de laquelle on obtient une boisson mieux destinée à l'usage du vigneron, et qui se conserve au-delà de l'année. On a vu des personnes acheter cette boisson de préférence au vin que le goet rend toujours dur et qui n'est jamais spiritueux. On fait une seconde et même une troisième boisson qui sont potables jusqu'aux chaleurs» (106).

A Maupertuis «Le jus fermente ; le premier vin est tiré. Immédiatement on met de l'eau avec le marc resté dans la cuve ; la quantité d'eau représente la moitié de la quantité de vin tirée. On y ajoute du sucre, de la cassonade, livrée à meilleur marché que le sucre raffiné. Le tout fermente une seconde fois, et donne un deuxième vin, plus agréable à boire que le premier parce qu'il contient moins d'acide. Le deuxième vin une fois tiré, le marc est porté au pressoir où il est pressé; une troisième boisson est produite, c'est la vulgaire piquette. Et le marc n'est pas encore jeté, il est précieusement conservé pour être distillé. Le vigneron obtient une quatrième boisson appelée eau de vie de marc. Enfin, ce marc, après avoir été manié de tant de façons, est jeté sur le fumier et servira d'engrais. » (107).


Les futailles.

Il existe toute une variété de termes et de contenances pour les tonneaux dans lesquels on élève et on livre le vin. En Brie, le terme générique employé par les vignerons et les consommateurs est la pièce qui, le plus souvent, désigne dans notre région le muid de Paris d'une contenance de 268 litres, ou plus exactement de 288 pintes de 0,93 litres (108). Il existait aussi le demi-muid et le quartault (c'est-à-dire contenant un quart de muid), sans doute d'usage si peu courant qu'ils ne sont jamais mentionnés dans la littérature locale. Le muid de Paris est, semble-t-il, ce qu'on appelle aussi la grosse jauge (109).

Le vin de Brie peut aussi être élevé et livré dans des vaisseaux d'autres contenances (le terme générique de vaisseaux désignait dans le langage administratif les différents contenants pour les boissons). La jauge ou demie-queue d'Orléans contenait 240 pintes, soit 223 litres (110). La jauge de Reims ou demie-queue champenoise contenait 192 pintes, soit 179 litres (111). Ces deux contenances sont citées à plusieurs reprises par un consommateur de Silly-en-Multien comme contenant soit du vin de Quincy, soit du vin de Fublaines (112). A Varreddes, les vignerons parlent de pièces et de demies-queues, sans préciser s'il s'agit de celle d'Orléans ou de Champagne (113). On peut aussi employer des tonneaux de contenance non standard. Le même consommateur de Silly-en-Multien, parlant de vin vieux acheté à Quincy en 1783, précise : «je n'ai jamais eu une si grosse pièce, c'était en 5 quarts» (114). S'il entend 5 quarts de muid, cette pièce contient 360 pintes, soit 335 litres.

La viticulture briarde avait induit un artisanat de tonnellerie, en particulier à Meaux, où les maîtres tonneliers vivaient et travaillaient majoritairement dans la paroisse Saint-Christophe (115). On en trouve aussi dans les localités des alentours. Par exemple, on signale en 1834 "beaucoup de tonneliers" à Mareuil (116); à Coulommes, Antoine DIEU, maître d'école en 1667 et 1668, était également tonnelier (117).

Une dizaine d'années avant la Révolution, le vigneron de Varreddes payait au tonnelier cinquante sols (2,5 livres) un tonneau (118). Pour comparaison, à la même époque, le vin de Quincy se vendait autour de 30 livres le muid (119). Mais en cas de récolte abondante et de forte demande de tonneaux, le prix de ceux-ci pouvait monter, au moment de la vendange, à 7 livres pièce (120).


La réputation des vins de Brie.

Les vins de Brie, il faut le dire, n'avaient pas bonne réputation. On disait qu'il fallait être quatre pour en boire : un qui buvait, deux pour le tenir et un quatrième pour le faire boire !

Déjà, en 1665, Nicolas Boileau écrit :

«Je consens de bon cœur pour punir ma folie

Que tous les vins pour moi deviennent vins de Brie» (121).

Vers 1700, dans le mémoire sur la Généralité de Paris de l'Intendant Jean Phélypeaux, il est écrit à propos de l'Election de Meaux (122):

«Dans trente paroisses, il y a des vignes mêlées avec des terres à froment, dans lesquelles on recueille, année commune, la quantité de trente-six-mille muids de vin. La qualité en est fort médiocre; ils sont durs et grossiers, et se vendent ordinairement 25 à 30 livres le muid».

«Il s'y fait un grand commerce de blé pour Paris, l'élection en produisant beaucoup. Il y croit aussi des vins qui sont d'une qualité très-médiocre ; ils se consomment la plus grande partie sur les lieux, par les gens de métier, les charretiers et les laboureurs».

«En la ville de Meaux, il y a trois foires, dont il n'y a que celle de la Saint-Martin qui soit un peu considérable ; un marché tous les premiers samedis des mois, qui avait autrefois une exemption du sol pour livre du vin qui s'y vendait en gros ; on a cessé de jouir de cette exemption depuis environ vingt-cinq ans».

D'après l'assemblée provinciale de 1788 «Les vins de Brie [ … ] sont très propres, à cause de leur dureté, à être convertis en vinaigre» (123). Néanmoins, l'assemblée départementale de Meaux, chargée de préparer les travaux de l'assemblée provinciale, tempère ce jugement en évoquant le fromage de Brie, «qui, par sa saveur et sa réputation, semble nous venger de la réputation de nos vignobles, qui ne devroient pas être autant dépréciés, puis qu'ils servent à abreuver et même à soutenir dans leurs travaux la grande multitude des ouvriers. Sans doute le propriétaire sçait se consoler du dictum, quand il calcule que la quantité du produit le dédommage de la qualité, dont au surplus il n'est pas toujours obligé de faire un usage exclusif» (124).

Il semble donc qu'aux 17° et 18° siècles, les vins de Brie ne sont appréciés que par le menu peuple qui les consomme. Pourtant, jadis, ils avaient trouvé grâce, aux yeux de Pierre de Ronsard, curé commendataire de Mareuil (1552 - 1554). Il écrit dans son Epître à son ami Ambroise de la Porte :

«Je suis venu près de Marne l'isleuse,

Non guère loin d'où le cours de ses eaux

D'un bras fourchu baigne les pieds de Meaux;

Meaux dont Bacchus soigneux a pris la garde

Et d'un bon œil ses collines regarde,

Riches de vin qui n'est point surmonté

D'un vin d'Ay en friande bonté.»

De fait, au Moyen Age, les vins d'Ile de France ont bonne réputation. Ils se vendent à Paris et s'exportent même à l'étranger (Angleterre, Hollande et Flandre) (125). L'accroissement de la population de Paris, en amenant une consommation de masse, pousse les vignerons à privilégier la quantité plutôt que la qualité. Un arrêt du parlement de Paris du 14 août 1577 interdit aux marchands de vin, taverniers et cabaretiers de Paris intra-muros, de s'approvisionner à moins de 20 lieues de la capitale (126). Ils ne peuvent désormais acheter du vin dans la vallée de la Seine avant Moret et dans la vallée de la Marne avant La Ferté-sous-Jouarre. Cette interdiction se double de la création d'une fiscalité enchérissant le prix du vin à l'intérieur de Paris. Des guinguettes s'établissent aux portes de la capitale, où les classes laborieuses peuvent consommer le vin au prix de 3 ou 4 sous la pinte (0,93l) contre 12 à 15 sous dans la ville.

Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que nos vignerons, après cet arrêt du Parlement de 1577, négligent la qualité pour privilégier la quantité.

Cependant, certaines localités, situées sur les rives de la Marne au-delà de la Ferté-sous-Jouarre (et aujourd'hui situées dans le département de Seine-et-Marne), épargnées par les effets négatifs de cet arrêt du Parlement, et pouvant continuer à vendre à Paris, s'efforcèrent de maintenir la qualité de leur vin. Elles purent bénéficier de l'appellation Champagne au début du 20° siècle : Citry, Saâcy-sur-Marne et Nanteuil-sur-Marne, ainsi, plus récemment, que Sainte-Aulde et Méry-sur-Marne.

Cependant, il en allait sans doute dans notre coin de Brie comme il en va aujourd'hui dans d'autres vignobles : il y avait de bons et de mauvais vignerons, comme aujourd'hui, dans le Midi, les Côtes du Rhône ou ailleurs, on trouve de très bons vins et des vinasses douteuses.


Quelques crus locaux.

Un acte de Pierre de Cuisy, évêque de Meaux, nous renseigne sur les types de vin qui étaient produits à Quincy en 1235: par cet acte, il entérine les donations faites par Pierre de Quincy au prieuré de Noëfort pour la "substentation" du chapelain de Montdenis à Maisoncelles; ces donations consistent en deux muids de vin blanc et deux muids de vin "vermail" à prendre sur la dîme de Quincy (127).

Quoi qu'il en soit de la piètre réputation des vins de Brie, certains crus de la région avaient une certaine célébrité toute locale: le suret d'Esbly, le picolo de Quincy et le vin rosé de la Marmione (lieu-dit de Saint-Germain) (128); le blanc de Dainville (hameau de Villiers-sur-Morin et Coutevroult) et le gros rougeaud de Monthérand (hameau de Guérard) (129), le petit vin blanc de Monthyon et le vin des Anglais du Clos de Bout la Paille à Crécy (130).


Les débouchés et la commercialisation du vin.

Le mémoire de l'Intendant de la Généralité de Paris, mentionné plus haut, indique vers 1700 que les vins de l'élection de Meaux «se consomment la plus grande partie sur les lieux, par les gens de métier, les charretiers et les laboureurs […] En la ville de Meaux, il y a trois foires, dont il n'y a que celle de la Saint-Martin qui soit un peu considérable ; un marché tous les premiers samedis des mois, qui avait autrefois une exemption du sol pour livre du vin qui s'y vendait en gros» (131).

Une grosse partie du vin de la région se vend donc à cette foire de la Saint-Martin, c'est-à-dire le 11 novembre. Les prix du vin et du blé de l'année s'y fixent, au moins pour quelques mois. C'est à cette foire que les auteurs de la Chronique villageoise de Varreddes font référence quand ils écrivent :

«1745, le bon bled valoit à la Saint Martin huit livres et le bon vin valoit 13 et 14 livres la demie queue champenoise et en continuant le long de l'hiver que nous contons» ;

«1748, le bled valloit 15 et 16 L le septiers à la St Martin, et le vin valloit dix-huit et 20 L la demie queue»;

«1750, à la St Martin le bled valoir douze et treize livres le septier de Meaux et le vin 24 ou 25 L la demie queue champenoise et en continuant le long de l'hiver» ;

«1752, après la St Martin le bled valoit 10 L le septiers et le vin a 15 L la pièce» (132).

A cette foire, il se vend aussi du vin de Champagne : un maître d'école de Silly-en-Multien évoqué plus loin achète du vin de Saulchery et de Charly (aujourd'hui communes de l'Aisne) à la foire de la Saint-Martin de Meaux en 1775 et 1778 (133).

Une autre partie du vin de l'Election se vend donc aussi au marché qui se tient à Meaux chaque premier samedi du mois.

Une partie du vin de la région se vend aussi au Mesnil-Amelot où « Le premier mardi de chaque mois, il s'y tenait un marché de vin assez considérable » «… à l'extrémité du village, se trouve une belle place formant une demie lune sur laquelle, avant 1789 était une halle au vin qui était remarquable par sa division en réserves voûtées, en travées, et deux logements de concierge. Elle pouvait contenir mille pièces qui restaient confiées aux soins d'un tonnelier placé autrefois par le seigneur, en faveur duquel était accordé le privilège de prélever, une seule fois, neuf sous six deniers sur chaque pièce de vin ou autre boisson exposée sur l'étape ; en outre cinq sous par mois et par pièce remise en réserve.

La vente des vins se faisait rapidement et au gré d'un receveur sédentaire qui en percevait les droits d'aides ordinaires. M. le baron de Ville d'Avray était le propriétaire de cette halle. » (134).

Nous verrons plus loin qu'une partie au moins du vin de Fublaines se vend au Mesnil-Amelot à la fin du 18 siècle.

L'assemblée des bailliages de 1788 relève que : «Les vins de Brie font une branche du commerce considérable: ils servent à la boisson de tout le menu peuple de la province et sont très propres, à cause de leur dureté, à être convertis en vinaigre et ils s'expédient pour la Picardie» (135).

Vin blanc et vin rouge ne sont pas vendus au même moment. En 1807, dans l'arrondissement de Coulommiers «Les vignerons sont forcés de faire un peu de vin blanc, qui se vend et se boit de suite, parce que la plupart d'entre eux ont besoin de vendre pour vivre, pour le remboursement de leurs avances et pour payer les contributions ; tandis que le vin rouge ne se vendant ordinairement que l'année suivante, et quelquefois plus tard, ils seraient privés de cette prompte ressource» (136).

En 1807, on rappelle que «Les vins rouges ne s'exportoient pas ; mais on transportait autrefois beaucoup de vins blancs, au marché de Meaux et Paris pour les cabarets et les vinaigriers. Ceux de Guérard, et autres pareils, apprêtés par les marchands de Paris se débitoient comme vins de Châblis. C'étoit le Champagne des guinguettes» (137).

A propos des vins de l'arrondissement de Meaux, Jules Dubern écrit en 1833, «Il s'en exporte beaucoup dans le département de la Seine, où les cabaretiers les mélangent avec d'autres vins» (138).

En 1834, M. Pelletier écrit : «Les vins blancs de Brie se débitent assez facilement dans les cabarets des villes et de la campagne, et dans les premiers mois de la récolte ; mais, aux premières chaleurs du printemps, s'ils ne sont pas bien encavés, ils deviennent plus ou moins rances et alors le vigneron s'en défait plus difficilement.

Quant aux vins rouges, nos voisins de la rive droite de la Marne, qui occupent cette petite contrée anciennement connue sous le nom de Galvèse ou Gallevesse, et qui n'ont que très peu de vigne, s'en accommodent très bien, et contribuent beaucoup, soit pour eux-mêmes, soit pour leurs domestiques ou valets de labour, à vider les caves de la Brie. Les cabaretiers de la campagne en débitent aussi beaucoup. Une autre partie s'emploie dans les vinaigreries, et le reste se consomme dans le ménage du vigneron» (139).

Dans les cabarets, avant la Révolution et au 19° siècle, on boit essentiellement du vin. Apéritifs, café et alcools ne feront vraiment leur apparition qu'à la fin du 19° siècle. A Boutigny, en 1841, on trouve 2 cabaretiers : Jean-Louis Leroy et Jean-Pierre Chefd'hôtel. En 1846, trois cabaretiers : Jean-Louis Leroy et Pierre-François Thuillier à Boutigny, Léon Dupré à Prévilliers. En 1872, quatre marchands de vin : Hippolyte Leroy et Jean-François Richard à Boutigny, Julien Buisson au Petit-Saint-Loup, et Isidore Caïn à Prévilliers (140).

Les vignerons de certaines localités rencontrent des difficultés pour écouler leur production, non pas à cause du prix ou de la qualité, mais en raison de l'état des routes. En 1789, dans leur cahier de doléances, « les habitants de Fublaines ont l'honneur de vous représenter, Messieurs, qu'il est de toute nécessité qu'il soit fait un chemin à paver conduisant dud. Fublaines à Trilport, pour l'avantage de cette paroisse, attendu que le chemin est impraticable, qui cause que les marchandises de laditte paroisse ne sont point recherchés et sont à médiocre prix vu la difficulté du charoi, et qui fait des grands frais aux habitans, tant pour faire conduire leur vin au marché du Mesnil (Le Mesnil-Amelot. NDLR) et à Meaux, ainsi que d'autres marchandises, ce qui met très souvent lesd. habitans hors d'état de payer les impôts dont ils sont chargés. » (141).

A Mareuil, la situation n'est pas meilleure: « Avant 1833, la commune était inabordable ; l'eau croupissait dans les ornières faute d'écoulement. L'essieu portait presque partout; aussi l'importation et l'exportation ne se faisaient-elles que dans l'été, au grand détriment des producteurs. On ne venait acheter des vins, qui sont plus estimés que ceux des communes environnantes, que quand il n'y en avait plus à Nanteuil-lès-Meaux et à Quincy-Ségy. » (142)


Un consommateur de vin de Brie : Pierre-Louis-Nicolas Delahaye, de Silly-en-Multien.

Outre les cabaretiers et les laboureurs de la Brie Galvèse et d'ailleurs, des particuliers achètent les vins de notre région. Pierre-Louis-Nicolas Delahaye, maître d'école et clerc paroissial de Silly-en-Multien (maintenant Silly-le-Long, commune du département de l'Oise, entre le-Plessis-Belleville et Nanteuil-le-Haudouin) en est un exemple qui illustre bien ce qui précède. Il rédige son journal entre 1771 et 1792 et y note ses achats de vin (143).

Les deux premiers achats qu'il mentionne sont, en juin 1773 et avril 1775, deux pièces de "vin français", sans autre précision d'origine, achetées au Mesnil-Amelot. Ensuite, de novembre 1775 à mai 1792, il achète ou reçoit du vin à 47 reprises, provenant de préférence de notre région :

- 9 fois du vin de Champagne (de Saulchery, Citry, Charly, Crouttes, Gland et Brasles) ;

- 1 fois du vin du Gâtinais, aussi acheté au Mesnil-Amelot ;

- 37 fois du vin de notre région :

- 29 fois du vin de Quincy (dont 2 fois de Voisins) :

- 3 fois du vin de Guérard (dont 2 fois de Montbrieux) ;

- 2 fois du vin de Couilly (Huiry) ;

- 1 fois du vin de Crégy ;

- 1 fois du vin de Fublaines ;

- 1 fois du vin de Mareuil

Le plus souvent, le vin du maître d'école est "voituré" par un cultivateur de Silly. Il est permis de supposer qu'il profite d'une voiture venue dans notre région prendre livraison de vin ou d'autres marchandises (plâtre, fourrage, fromage). Un gros fermier de Silly, Charles Carriat, qui se charge souvent du transport du vin de Pierre Delahaye, achète même quatre voitures de six pièces de vin de Quincy le 8 mars 1786 (144).

Le maître d'école se rend personnellement 3 fois à Quincy, ce qui n'est pas un petit voyage pour l'époque : «1791, le 30 septembre, j'ai été à Quincy avec le Sr Charpentier. Nous avons parti à 1 heure du matin et nous étions arrivés à 6 heures audit Quincy. Nous avons acheté chacun une pièce de vin grosse jauge, la somme de 66 livres, payées en billets de toute espèces» (145). En octobre 1783 et mai 1784, il est venu y acheter du vin pour lui-même et pour le compte du curé, d'un cabaretier et d'autres habitants de Silly.

P.-L.-N. Delahaye mentionne parfois l'âge du vin : vin nouveau (depuis le 29 octobre, c'est-à-dire immédiatement après la vinification, jusqu'au 20 juin de l'année suivante), ou vin vieux (le plus souvent sans autre précision, mais sans doute de l'année précédente, et jusqu'à 2 ans d'âge, tel un vin de 1781 acheté en octobre 1783). Il donne rarement un avis sur la qualité : un vin vieux de Quincy, livré en décembre 1786 est meilleur que celui acheté au même fournisseur en mars 1786 ; le vin de Mareuil acheté en novembre 1788 est jugé «très bon et très chargé en couleur».

Il mentionne souvent la jauge des tonneaux qu'il achète: demie-queue ou jauge de Reims pour le vin de Champagne (179 litres), grosse jauge (sans doute le muid de Paris de 268 litres) et parfois jauge d'Orléans (223 litres) pour le vin de Brie. Il mentionne toujours le prix : la demie-queue de Champagne de 17 à 51 livres, la grosse jauge de Brie de 18 à 80 livres, la jauge d'Orléans de vin de Brie de 34 à 38 livres. De ces données, on ne peut tirer de conclusion sur les prix respectifs des vins de Champagne et de Brie. Outre une augmentation générale à partir de 1789, les cours varient chaque année en fonction de l'importance des vendanges, et selon la période de l'achat dans l'année.


Les enfants aussi …

P.-L.-N. Delahaye achète et consomme le vin de Brie, mais ses élèves aussi: «décembre 1784. La Saint Nicolas. Lundi 6, fête de S. Nicolas : les enfants ont fait la fête à l'école, au nombre de 27. J'ai reçu d'eux […] 2 pintes, savoir Vérin une et Maxence Mercier l'autre, et Eléonore Carriat et son frère ont apporté 2 bouteilles de vin blanc et un coquelet. [ … ] Outre les deux pintes de vin dont j'ai parlé ci-devant, j'en ai acheté 3 de blanc chez Jean-Louis Vérin et 2 de rouge chez Charles Mercier, ce qui faisait trois pintes de vin rouge et quatre de blanc» (146). La pinte contenant 0,93 litre, c'est 6,5 litres pour 27 enfants !

Même chose lors de la Saint-Nicolas de 1785. Pour 43 élèves, on a réuni 2 pintes et 3 chopines de vin blanc de Champagne, 3 pintes et 3 chopines de vin, une grosse bouteille de vin vieux de Brie rouge, contenant de 5 à 6 pintes (147). Pour la Saint-Nicolas de 1786, les enfants font la fête au nombre de 56, et ils apportent au total 4 pintes de vin rouge et 5 pintes de vin blanc de Champagne (148). Pour la Saint-Nicolas de 1787, pour 30 enfants, il y a «2 bouteilles de vin rouge de Brie, dont une grosse, 2 pintes et 3 chopines de vin blanc de Champagne» (149). En revanche, en 1790, «les enfants se sont joués dans l'école, parce qu'il n'y eut point de fête rapport à la cherté du vin et de la viande» (150).

Cette consommation de vin par les enfants ne paraît pas être une pratique exceptionnelle, réservée à des occasions telles que la Saint-Nicolas. Ainsi, après la procession de l'Ascension de 1784, le maître d'école donne 6 bouteilles de vin aux chantres, au bedeau et aux enfants de chœur pour se rafraîchir (151). En novembre 1786, M. Carriat, laboureur, envoie au maître d'école «une pièce de vin vieux de sa cave, pour les enfants» (152) (P.-L.-N. Delahaye a chez lui, en pension, quelques enfants qu'il nourrit). En février 1788, le même M. Carriat fait de nouveau livrer au maître d'école «une pièce de vin nouveau de Quincy, grosse jauge, pour les enfants» (153).

Les enfants de Silly boivent donc du vin, et il est probable que ceux de Quincy, de Boutigny, de Nanteuil et de Mareuil en consommaient aussi. Si le fait paraît surprenant aujourd'hui, il faut considérer qu'à l'époque, les vins étaient peu alcoolisés, en particulier ceux de Brie, et qu'on les buvait coupés d'eau. En outre, on considérait alors que le vin avait des propriétés hygiéniques et thérapeutiques. Il faut reconnaître que les quelques degrés d'alcool subsistant après le coupage avaient peut-être le mérite d'assainir en partie une eau tirée de puits souvent contaminés par la proximité d'un tas de fumier ou de déjections animales ou humaines.

Dans les années 1790-1799, un projet de décret de l'Assemblée Nationale, relatif aux droits sur les boissons, prévoit d'exonérer d'inventaire et de paiement de droits le vin que les propriétaires vignerons pourront garder pour la consommation de leur famille (154):

- un muid et demi par homme au-dessus de 18 ans ;

- un muid par femme ou par garçon de 14 à 18 ans ;

- deux tiers de muid par fille au-dessus de 14 ans et par garçon de 14 à 18 ans ;

- un demi muid par garçon depuis sa naissance jusqu'à 7 ans, et par fille depuis 7 ans jusqu'à 14 ;

- un tiers de muid par fille depuis sa naissance jusqu'à 7 ans.

En 1899, les "Leçons d'anti-alcoolisme, rédigées conformément au programme des écoles publiques" ne prescrivaient-elles pas : «jusqu'à l'âge de huit à dix ans, les enfants ne doivent faire usage d'aucune boisson fermentée» (155)? On en déduit qu'au-delà de huit à dix ans, les enfants étaient autorisés à en boire.


Les cultures annexes.

La viticulture utilise d'autres espèces végétales. Si, aux 12° et 13° siècles, les comtes de Champagne ont accordé le droit de prendre dans leur forêt du Mans des échalas pour leurs vignes aux habitants de la ville de Meaux et d'autres localités (Charmentray, Trilbardou, Chambry, Congis et Nanteuil-lès-Meaux) (156), au 19 siècle, à Fublaines, on cultive l'acacia pour fabriquer les échalas (en fait, il s'agit non pas de l'acacia, mais du robinier ou faux acacia) (157).

En 1680, les religieux Célestins de Paris louent leur ferme du Jarriel à Sablonnières, avec obligation de «livrer chaque année 12 gerbées de faure (paille) de seigle éluyé (nettoyé) pour ayder à lier la vigne des seigneurs Célestins» (158).

A Mareuil, au 19° siècle, «on ne sème de seigle que pour faire des liens et attacher la vigne» (159), et «sur les bords de la rivière, croît abondamment l'osier à cuve, appelé dans le pays brouyau. Il se coupe tous les ans et se vend aux tonneliers et aux vanniers» (160). L'osier sert à lier les cercles de noisetier ou de châtaignier des tonneaux et barriques.


Des arbres fruitiers parmi les vignes.

Outre la culture de la vigne en foule, exposée plus haut, l'aspect du vignoble présente une autre particularité : la présence d'arbres fruitiers parmi les ceps. En 1807, on note que, dans l'arrondissement de Coulommiers «On entretient dans notre vignoble, et de distance en distance, un grand nombre d'arbres fruitiers, de pêchers, de cerisiers, et même de pommiers et de noyers, dont l'ombrage et le voisinage doivent nuire beaucoup à la qualité et à la maturité du raisin. Mais le vigneron se trouve heureux de rencontrer dans le produit de leur récolte, moins sujette à manquer, une faible compensation de ses pertes aux années malheureuses où la vigne est sans rapport par quelqu'un des mille accidents auxquels elle est exposée» (161). Ce constat, moins de deux décennies après la Révolution, permet de supposer qu'il en était de même sous l'Ancien Régime.

Cette pratique n'est pas propre à l'arrondissement de Coulommiers : en 1833, on remarque que «Les vignes, et principalement celles qui sont à l'extrémité de l'arrondissement (de Meaux) vers l'ouest, sont garnies de pommiers et autres arbres fruitiers, de sorte que les vignobles ressemblent aussi à des vergers, et leur ensemble présente des points de vue pittoresques fort agréables dans la belle saison, surtout lorsqu'on les voit sur le penchant des coteaux. » (162).

Des mentions dans les monographies communales de Seine-et-Marne (1888-1889) confirment que cette pratique subsiste jusqu'à la fin du 19° siècle :

A Couilly «… ces vignobles sont plantés d'arbres fruitiers qui étaient une véritable richesse pour la commune, mais qui pour la plupart ont péri pendant l'hiver 1879-1880» (163) .

A Chauffry «Il y a quelque quarante ans (c'est-à-dire vers 1850), tous ces arbres à fruits (pommiers et poiriers) étaient plantés dans les vignes, qui donnaient, paraît il, alors d'assez beaux produits … » (164)

A Beautheil «On conserve les vignes là où sont plantés des arbres fruitiers. Pommiers et surtout poiriers sont assez nombreux, la récolte de leurs fruits produit environ 225 hectolitres» (165)

A Mareuil «Le pommier, le poirier, le cerisier, le pêcher et les autres fruits à noyau prospèrent à Mareuil lès Meaux et sont plantés dans les vignes où ils font beaucoup de tort au raisin » (166)

A Chailly-en-Brie «Il est vrai de dire que les onze hectares de terrains plantés en vigne ressemblent plutôt à des vergers où les arbres fruitiers sont l'objet d'une prédilection particulière, au détriment de la vigne, qui est toujours sacrifiée lorsque l'intérêt des arbres l'exige» . (167)

Comme le font remarquer l'instituteur de Mareuil et celui de Chailly, c'est parfois au détriment de la viticulture. Mais il y a dans cette pratique le double souci de se procurer une ressource quand la vigne ne produit pas ou pas assez, et d'accroître la productivité des parcelles de vigne: «Les vignerons savent bien que ces arbres font tort à leurs vignes, mais ils savent aussi que le produit des arbres les indemnise abondamment de ce tort, parce qu'ils trouvent facilement le débit de leurs fruits dans les marchés voisins et à la halle de Paris, tandis que leurs vins ne peuvent, pour ainsi dire, pénétrer dans cette grande ville, à cause des droits d'entrée qu'il faudrait payer et qui, communément, coûtent autant et quelque fois plus que l'achat du vin» (168).

Il faut peut-être aussi voir dans cet usage la survivance d'une pratique d'Ancien Régime : lors de l'assemblée générale du clergé de 1785, il est fait mention de contestations portant sur le paiement de la dîme sur les hautains (vignes poussant sur des piquets plantés en rangs entre lesquels le terrain pouvait être mis en culture) et sur les vignes élevées (vignes poussant sur des arbres fruitiers), au motif que la dîme ne pouvait porter que sur une des deux récoltes annuelles d'un même terrain. (169) Toutefois, rien n'indique que de telles contestations aient été soulevées, à l'époque, dans le diocèse de Meaux.

Aujourd'hui, le souvenir de cet usage de mêler vigne et arbres fruitiers s'est perpétué dans le nom d'une variété particulière de pêche, la pêche de vigne.

On trouve aussi un arbuste sauvage dans certaines vignes : «On ne voit point dans les vignes de cet arrondissement (de Coulommiers NDLR), comme dans celles de l'arrondissement de Meaux et sur les bords de la Marne, d'antiques pieds de sureau, plus vieux que la vigne, la couvrir de leur ombrage, en attendant qu'on employe leurs bayes noires, qu'ils produisent en abondance, à colorer des vins sans couleur, ou bien à leur donner une fausse saveur de muscat» (170).

A Varreddes, une autre production accompagne la culture de la vigne : «Un autre genre de produits du sol qui a disparu de Varreddes, c'est les Ormes Tortillards, dits ormes de Varreddes, nom sous lequel on les désigne encore aux environs de Paris. Aucune plantation de vigne ne se faisait sans qu'une plantation de jeunes plants d'ormes n'occupât le haut de la chaînée. Pendant que la vigne s'élevait, les jeunes plants devenaient assez forts pour être livrés au commerce pour la replantation à demeure, laissant la vigne donner seule ses produits aux vignerons. Une industrie, née de cette culture, s'est établie à Varreddes et y existe encore aujourd'hui : c'est celle de la confection des moyeux qui se font avec cette essence de bois» (171)


Le coût de la main d'œuvre.

La taille des exploitations viticoles est modeste, et une grande partie des travaux, vendange exceptée, étalée sur l'année entière, peut être menée à bien par le propriétaire seul et sa famille. Si le vigneron travaille à façon pour quelque laboureur, c'est, en général, en échange d'une autre prestation de service (prêt d'une charrette, labour d'une pièce de terre, etc.) ou d'une rémunération en nature. Seule la vendange réclame plus de bras, et quand la famille n'y suffit pas, on fait appel, à charge de revanche, à d'autres vignerons dont les parcelles, moins bien exposées, moins avancées, seront vendangées quelques jours plus tard. Dans ces petites exploitations, on n'a donc pas, ou peu, recours à de la main d'œuvre salariée. Les mentions de salaires sont donc rares et dispersées.

On peut toutefois noter que, dans les années 1856-1859, le salaire quotidien d'un journalier agricole non nourri, est de 5f pendant la récolte (journées longues), et qu'il passe à 6f dans les années 1860-1865 (172). A titre de comparaison, à la même époque, le kilo de pain est de 0.15f, celui de viande de vache est de 0,65f, la douzaine d'œufs de 0,75f et le litre de vin rouge de 0,40f (173).

On connaît la rémunération de hostiers (porteurs de hottes) et de vendengeresses (vendangeuses) ayant réalisé en 1425 la vendange d'une parcelle de vigne appartenant à l'évêque de Meaux : «A deux hostiers qui apportèrent à Meaulx, le 25° jour de septembre 1425, la vendange de demi-arpent de vigne seant ès Larris de Meaulx, à chascun 3s.9d. (trois sols 9 deniers) valent 7s.5d. – A cinq vendengeresses, à chascune 15d. (15 deniers) ; valent 6s.3d. - Pour pain, pour lesd. vendengeresses et hostiers, 2s.6d. – Pour char (viande), 3s.4d. – Pour 9 pintes de vin, au pris de 2 doubles la pinte, 2s.6d. – Pour aulx, 2d. – Pour le salaire de ung homme qui a foullé et tiré ledit vin et porté le marc au pressouer, 3s.6d.…» (174). On voit qu'en plus d'un salaire en espèces, les porteurs de hottes et les vendangeuses ont été nourris (pain, viande, vin, ail).


La dîme du vin.

En principe, la dîme du vin, comme les autres dîmes (grains, pois, vesces, chanvre …) est acquittée au profit de l'Eglise (le bénéficiaire, ou décimateur, peut être le curé, le chapitre cathédral, une abbaye, etc.), proportionnellement aux récoltes.

A Saint-Cyr-sur-Morin, c'est l'abbaye de Jouarre qui perçoit la dîme, tant des terres cultivées que du produit des vignes (175). Au 13° siècle, la dîme des vins y rapporte 13 tonneaux (176).

A Saint-Germain-lès-Couilly, sur 145 arpents de vignes, la dîme des vins se prélève à la 31° pièce, au profit de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés (177). Cela paraît un prélèvement peu important (environ 3%), si on le compare à la dîme des grains qui se fait à la 13° gerbe (environ 8%) (178). Mais, en raison de la pratique de l'assolement triennal et de la rotation des cultures, les terres labourables ne sont productives (et soumises à la dîme) que deux années sur trois: une année sur le blé et l'année suivante sur les "menus grains" (avoine, seigle, pois, etc.). La troisième année, la parcelle étant en jachère et ne produisant rien n'est pas redevable de la dîme. En revanche, les vignes produisent tous les ans et sont soumises annuellement à la dîme. A Saint-Germain, les vignes étant estimées pouvoir rapporter 10 pièces par arpent (179), la dîme des vins représente, en volume, 46 pièces, chacune d'une capacité de 268 litres (muid de Paris) (180).

A Chalifert, en 1789, la dîme se prélève à la 21° pièce de vin (181).

Parfois, cette dîme est affermée: le décimateur la loue à un particulier moyennant une somme fixe. Le particulier se charge de la recueillir auprès des cultivateurs. On a vu plus haut qu'au quinzième siècle, les chanoines de la cathédrale de Meaux donnent à bail leur mairie-justice de Boutigny, avec perception des amendes et des dîmes en vin (182). En 1591, l'abbaye de Jouarre donne à bail à Noël Guyot la dîme du vin du Ru de Verou, des Louvières et des Montgouins (hameaux de Saint-Cyr-sur-Morin), moyennant 4 livres 10 sols par an (183).

A Jaignes, si le plus gros des dîmes (sur les grains, essentiellement) va à l'abbaye de Soissons et au chapitre de Meaux, le curé obtient de menues dîmes, dont celle du vin. En 1790, il loue les menues dîmes, mais se réserve celle du vin qui porte alors sur 40 arpents (184).


La quête du vin.

Outre ce qu'il récolte au titre de la dîme, et ce qui provient des vignes de sa cure, un curé peut pratiquer la quête du vin où chaque vigneron donne selon l'importance de sa récolte, selon ses moyens et l'estime qu'il porte au quêteur. Cet usage se substitue certainement à la dîme après l'abolition de celle-ci à la Révolution. La quête du vin se pratique à Nanteuil-lès-Meaux, où le curé et le maître d'école, chacun accompagné d'un vigneron portant un bachot (sans doute un petit baquet), passent de maison en maison, où ils reçoivent 4 à 5 litres de vin. En 1836, les habitants se plaignent auprès du maire de Nanteuil que le cellier de la nouvelle école est beaucoup trop petit pour un instituteur qui peut avoir chaque année 6 à 8 pièces de vin à y resserrer (185). Le curé en reçoit certainement autant, sinon plus.

A Coulommes, «le maître d'école d'autrefois était payé surtout en nature ; il prélevait aussi une sorte de dîme. Une ancienne habitude, abandonnée en 1881 par le titulaire actuel, nous en donne une preuve. En effet, jusqu'à cette époque, l'instituteur, après les vendanges, avait coutume de faire sa ronde chez tous les vignerons, et chacun lui donnait une certaine quantité de vin. Dans les bonnes années, sa cave se trouvait assez bien garnie, il paraît » (186).

Le maître d'école de Sablonnières fait, lui aussi, la quête du vin (187), et celui de Couilly, en 1789, déclare recevoir de la quête des vins, année commune, 3 pièces de vin et 3 de boisson (188). A Pommeuse, le 3 juin 1862, le conseil municipal «décide, avec l'espoir que cette mesure sera observée, qu'à partir de la présente année, l'instituteur cessera d'aller quêter le vin chez les vignerons, lors des vendanges, cela étant humiliant pour le caractère de ce fonctionnaire» (189).


Les Aides.

Sous l'Ancien Régime, le vin est soumis, suivant un régime fiscal particulier, à un ensemble de taxes appelées Aides (ou Aydes).

La première de ces taxes est le droit de gros, perçu sur le prix de vente en gros ou au détail de toutes les denrées et marchandises, dont le vin, et même sur la boisson ou piquette. Appelé aussi sol pour livre, il consiste en un prélèvement d'un sol (un sou) par livre, soit 5% (il y avait 20 sols dans une livre). Certaines provinces avaient racheté ce droit de gros par compensation sur la taille (impôt direct), mais il se payait toujours à Meaux (190).

Spécifiques au vin, les anciens cinq sols, sont une taxe de 5 sols perçue à l'entrée des villes et des gros bourgs sur chaque muid parisis de vin (tonneau de 268 litres) ou à proportion sur les futailles d'autre contenance. S'y ajoutent les nouveaux cinq sols, dans les mêmes conditions. Des augmentations porteront le total de ces deux taxes à 14 sols par muid. Elles sont perçues à Meaux, La-Ferté-sous-Jouarre, Jouarre, Rebais, Crécy, Villeneuve-le-Comte, Couilly et Jouy-sur-Morin (191).

Bien d'autres taxes touchent les vignerons. Le droit d'augmentation est une autre taxe de 16 sols 3 deniers par muid de Paris (et à proportion sur les futailles d'autre contenance), quel que soit le prix du vin (192). Il existe aussi une taxe appelée gros manquant ou trop bu, portant sur ce que le vigneron et sa famille consomment de leur propre production.

Les habitants de Bussy-saint-Martin, protestant contre les abus des employés des Aides, résument dans leur cahier de doléance de 1789 la plainte quasi unanime des paroisses viticoles de notre région en dénonçant «les vexations des officiers chargés du recouvrement. Un malheureux se trouve-t-il dans l'impossibilité de payer, soit par les pertes qu'il a essuyées, soit par les maladies, soit parce qu'il n'a pas récolté comme à l'ordinaire, il en payera davantage par les contraintes qu'on lui fera ; il verra arriver chez lui ces avides brigadiers qui ne vivent que de la graisse des pauvres; ils saisiront ses meubles, ils vendront ses effets, ils le traîneront même quelquefois en prison, et ces gabeleurs, qui vont furetant partout, et ces commis aux aides, qui, descendant dans nos caves, nous font un procès d'avoir bu le vin de notre récolte et nous forcent impitoyablement à payer ce qu'ils appellent le trop bu» (193).

En outre, pour pouvoir être taxée proportionnellement à sa contenance, chaque futaille doit être jaugée (on mesure sa capacité). Et bien sûr, on paye alors un droit de jauge (5 sols par muid) une fois pour toutes lors de la première vente. Enfin, un droit de courtage de 10 sols par muid est perçu chaque fois que le vin est vendu (194). Une rémunération des jaugeurs et des courtiers s'ajoute à ces deux taxes.

Il ne s'agit là que des taxes dus par les producteurs, vignerons ou bourgeois. D'autres professionnels y sont également soumis (marchands en gros, cabaretiers). Dans leur cahier de doléances, les habitants de la ville de Meaux demandent «qu'à l'égard des détailleurs, leur consommation sera affranchie des droits d'aydes et d'octroi, et sera ladite consommation fixée à six muids par ménage, et qu'enfin le droit de gros manquant sera totalement supprimé» (195).

Enfin, les livraisons de vin sont taxées d'un droit de péage sur certains ponts (Trilport, par exemple), et d'un droit d'octroi à l'entrée des villes (Meaux, Coulommiers, La Ferté-sous-Jouarre …).

Sont exempts de toutes ces taxes les ecclésiastiques pour le vin provenant de leurs bénéfices, et les nobles pour le vin provenant de leurs propres vignes.


Les contrôles.

Des commis des Aides sont chargés de percevoir ces taxes et de procéder à l'inventaire du vin chez tous ceux qui peuvent en détenir, vignerons, ecclésiastiques et nobles compris. Pour ce faire, ils ont pouvoir de perquisitionner maisons, granges, écuries et autres lieux pour s'assurer que du vin ne s'y trouve pas caché (196). Toute infraction ou dissimulation entraîne amende et confiscation du vin. Les commis des Aides doivent se faire accompagner des marguilliers de la paroisse et, en cas de refus, les menacer «de les rendre responsables en leurs propres et privés noms des émotions populaires et délits, s'il en arrive pendant le travail» (197).

Des "émotions populaires", il en survient à Saint-Jean-lès-Deux-Jumeaux au moment de l'Ascension de 1680. Le curé de la paroisse écrit : «Il arriva dans l'octave de l'Ascension, un mercredy 5° Juin, que les commis députez pour aller par les villages recueillir les taxes du nouvel impot mis sur la boisson des vignerons arrivèrent à Saint-Jean pour faire quelque saisie. Aussitost, voilà tout un peuple ramassé (réuni. NDLR) sans cloche ny tambour, l'un avec le fléau à la main, l'autre le baston à deux bouts pour investir ces gens qui estoient quatre en nombre, et qui furent obligez de chercher au plutost une maison d'azyle et de sauvegarde, qui fut celle du curé, où la politique et la foi des gens vouloit qu'ils fussent bien receux (reçus. NDLR), et qu'ils laissassent dissiper l'orage. Cependant, après trois bonnes heures de retraite dans cette maison, la mutinerie de ces gens fut telle qu'ils voulurent les reconduire avec les armes en main jusque vers le haut du pavé (sans doute la route d'Allemagne qui traverse la forêt de Montceaux en direction de Meaux. NDLR), toujours prests à donner (des coups. NDLR) dessus, si le grand respect qu'ils avoient pour le Curé, qui estoit en leur compagnie, ne leur avoit lié les mains » (198).

Si Jean-Baptiste Raveneau, le curé de Saint-Jean, "au nom de la politique et de la foi", permet aux commis des Aides de se réfugier chez lui et leur évite ainsi de se faire rosser, il ne s'en fait pas moins le soutien de ses ouailles les années suivantes : il rechigne à annoncer l'inventaire des vins au prône de la messe paroissiale. En 1683, il écrit : «Dès l'année passée, on nous avoit attaquez de la part d'un certain Monsieur Roblastre, de Meaux, qui est un premier commis des Aydes, pour publier au prône l'inventaire des vins et, faute à nous de le faire, de prendre acte de notre refus, afin de nous faire connoitre notre devoir. Cette année, on nous a encores fait la mesme sommation et les mesmes menaces» (199).

Le transport du vin lui-même est réglementé. Il ne doit se faire, accompagné d'un congé, qu'entre 7 heures et 17 heures d'octobre à avril et entre 5 heures et 20 heures d'avril à octobre. A défaut de congé ou en dehors de ces horaires, en plus du paiement d'une amende, le contrevenant se voit confisquer vin, charrette et chevaux (200).

Ces contrôles sont si mal vécus qu'en 1789, dans les cahiers de doléances du Tiers-Etat du bailliage de Meaux, on peut lire : «les aides grèvent plus rigoureusement le vigneron et le pauvre. Le débiteur ne peut connaître la mesure de l'impôt ; le citoyen est à la discrétion des commis ; il est forcé de leur ouvrir les lieux les plus secrets de sa demeure ; il est en butte à ses vexations ; il est taxé à des amendes arbitraires, ou traîné de tribunaux en tribunaux»(201) . A Sainte-Aulde, les habitants demandent à «Supprimer les Aides ; établir un seul impôt sur les vins à l'entrée des villes seulement …»(202) . Quant à lui, le Tiers-Etat de la paroisse de Jaignes demande laconiquement : «Article 5. Suppression des Aides. » (203).


Les calamités.

Comme toute production agricole, la vigne est à la merci des aléas météorologiques. En tête des fléaux, le gel. L'hiver 1709 est resté longtemps dans les mémoires paysannes pour les dégâts provoqués aux cultures et la sévère disette qu'il a entraînée. Cette année-là, à Varreddes, «il a fait doux jusqu'au rois, 6 Janvier, que le grand hiver a commencé ; il a fait un grand givre qui a gelé les vignes et les arbres» (204). En 1716, de nouveau, «il a gelé pendant deux mois et un grand givre, cela a gelé les vignes» (205) . En 1717, «les vignes ont gelé au mois d'avril de sorte que la vendange a été petite».

La litanie des calamités météorologiques ayant affecté la vigne et compromis les récoltes à Varreddes et dans les environs ne se limite pas au gel : gel en 1719, sécheresse en 1723, pluie et humidité provoquant la coulure des fleurs de la vigne en 1725, fraîcheur estivale en 1727, gel en 1729 (le vin a gelé dans les celliers de Varreddes. NDLR), fraîcheur estivale en 1730, grêle en 1734, gel en 1736 et en 1739, etc. (206)

En 1740, «à l'égard des vignes, il y avait apparence de dépouiller (récolter. NDLR) un peu de vin, mais il étions encore en verjus à la St-Rémy (1er octobre. NDLR), et le 7 octobre est venue une gelée et plusieurs jours en suivant, qui ont tout gâté la pauvre vendange qui était toute gâtée, et les raisins cuits comme au four, de sorte que l'on ne savait si on devait les recueillir ou non, de sorte que l'on a été à vendanges à la St-Crépin (le 25 octobre. NDLR), dont on laissait une partie de la vendange gelée sur les ceps…» (207).

A Sainte-Aulde, les dégâts de l'hiver 1788 sont évoqués dès le premier article du cahier de doléances du Tiers-Etat de 1789 : «Observe que la paroisse de Sainte-Aulde est une des plus pauvres du pays par rapport à la médiocrité de son sol, dévasté continuellement par des ravines, des chutes d'eau causées par des orages. A ce malheur du site se joint le désastre d'un long hiver qui a fait périr beaucoup d'arbres fruitiers, principale ressource des habitants, et presque toutes leurs vignes.» (208). De leur côté, dans leur cahier de doléances, les habitants de la paroisse de Jaignes demandent : «Article 15. Qu'il soit accordé une indemnité pour les vignes et les arbres gelés.» (209)

Autre calamité, pour le laboureur comme pour le vigneron, la guerre. Dans notre région, la Guerre de Cent ans a ravagé les campagnes et réduit la population à la faim et à la misère. Beaucoup de terres et de vignes sont laissées à l'abandon et retournent à la friche. En 1425, une rente en grains que le chapitre cathédral de Meaux doit à l'évêque ne peut être payé parce que «toutes les terres du chapitre estoient en friche et en ruine» (210) . La même année, à Villenoy, une redevance de 25 setiers 11 pintes de vin, due à l'évêque, ne rapporte que 4 setiers 11 pintes, «et le surplus desdites redevances a esté en non-valoir, pour ce que les héritages de ces redevables ont esté et sont en friche, savart, ruine et de nulle valeur … et sont les détenteurs trespassez … et les autres sont allés hors du pays tout à l'occasion de la guerre» (211) . Même constat à Varreddes et Germigny-l'Evêque, également redevables de grains et de vin vis-à-vis de l'évêque de Meaux. A Boutigny, on l'a vu, pendant les guerres de la Ligue, trois cents soldats du régiment de Picardie pillent les maisons de Boutigny et brûlent les cuves des vignerons en janvier 1595 (212).

Les animaux peuvent aussi causer bien des dégâts. Si les animaux domestiques sont, en principe, surveillés, les bêtes sauvages sont incontrôlables. A Villevaudé, le cahier de doléances du Tiers Etat relève que « … si, dans l'hiver, la terre se trouve couverte de neige, le lapin se jette sur les vignes, qu'il ronge et coupe en partie par le pied, sans laisser au laboureur vigneron que de faibles espérances ; et il semble que ce qui échappe à leurs dents cruelles ne soit réservé qu'à assouvir la faim des biches et des daims qui, au pied des moissons et des vendanges, ravagent les vignes et dévorent les blés en épis. » (213)

Sous l'Ancien Régime, le territoire de Boutigny (comme celui de bien d'autres paroisses des environs) se trouve dans les limites de la Capitainerie royale des Chasses de Montceaux (214). Les paysans de ces paroisses, vignerons inclus, se voient interdire de chasser le gibier de leurs terres autrement qu'en l'effrayant, de sarcler et de biner pour ne pas troubler les perdrix, de fumer avec des vidanges pour que le gibier nourri avec le grain en provenant ne prît mauvais goût, etc. (215)En outre, «il ne sera laissé dans les vignes aucun échalas à moins qu'ils ne soient mis en tas aussitôt que les vignes seront dépouillées de leurs feuilles» (216). Cette disposition du Code des Chasses édicté en 1669, n'a d'autre but que de faciliter les chevauchées des chasseurs du roi, dont on peut imaginer les dégâts qu'elles peuvent causer aux vignes.


La rentabilité de la vigne.

Comment les vignerons, sous l'ancien régime, ne renoncent-ils pas face à la dureté du métier, à la petite taille des exploitations, à l'éparpillement des parcelles, aux caprices météorologiques, aux calamités de toutes sortes, et à tout ce qu'ils doivent payer à l'Eglise, à leur seigneur et aux commis des Aides ?

Il est vrai que la situation des vignerons propriétaires ou locataires de quelques parcelles est moins précaire que celle des simples journaliers ou manouvriers, payés à la journée ou à la tâche et dépendant toujours d'autrui. En réalité, n'étant pas assez fortuné pour acquérir les équipements indispensables au laboureur, le vigneron n'a pas le choix. Son seul avantage est que le prix de son modeste équipement est abordable et que s'établir vigneron reste à la portée de beaucoup.

Contrairement aux terres labourables, la vigne n'est pas soumise à l'assolement triennal et à la rotation des cultures, pratiques consistant à diviser les terres d'une exploitation en 3 soles sur lesquelles on fait alterner les cultures : sur la première on cultive le blé, sur la deuxième on sème les mars ou menus grains (orge, seigle, avoine, pois, vesce…), et on laisse la troisième au repos, en jachère. L'année suivante, on tourne : l'ancienne sole des blés porte les mars, celle des mars est laissée au repos, et l'ancienne jachère est semée en blé d'hiver, et ainsi de suite. Un tiers des terres labourable reste donc improductif en permanence. La vigne, elle, produit, plus ou moins, tous les ans.

Si le laboureur doit en outre prélever sur sa récolte la semence de l'année suivante, le vigneron peut en principe vendre chaque année la totalité sa récolte.

En 1789, dans leur cahier de doléances, les habitants de Carnetin comparent ce que rapportent respectivement un arpent de terre et un arpent de vigne, en année commune (217):

- arpent de terre. 1ère année : blé 120 livres, paille 32 livres ;

2ème année : avoine 72 livres, paille 8 livres ;

3ème année : néant

total pour 3 ans : 232 livres

frais de culture : 185 livres

reste pour 3 ans :47 livres, soit 15 livres 13 sols par an

- arpent de vigne. Produit 15 pièces de vin à 27 livres

total par an :405 livres

frais de culture : 285 livres

reste par an : 120 livres

De ce revenu brut, il faut déduire le prix des futailles, non inclus dans les frais de culture.

Une confirmation indirecte de la bonne rentabilité des vignes nous vient de Saint-Germain-sur-Morin et Montry : en octobre 1791, l'estimation des biens du clergé, précise que les dîmes levées au profit de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés se montent à 4 livres par arpent de terre labourable et à 8 livres par arpent de vigne (218). On peut en déduire que l'arpent de vigne y rapporte alors deux fois plus que l'arpent de terre labourable.

Cette rentabilité brute des vignes est ensuite considérablement obérée par le poids des Aides (droits de gros, trop bu, droit d'entrée, etc.). En dépit d'une formulation quelque peu confuse, en 1789, les habitants de Fublaines en font le constat amer : «Les habitants se plaignent encore des charges et impôts des Aides dont ils sont accablés ; led. terroir de Fublaines contient environ 80 arpents de vigne qui fait une partie des travaux des pauvres vignerons qui peuvent récolter année commune douze demi queue Champagne par chacun arpent ; que le travail d'un arpent de vigne, sans avoir égard à la plantation et culture pendant quatre années sans faire aucune récolte, coûte par année pour travail dud. arpent la somme de 100L et pour 30L d'échalats, les douze tonneaux revenant année commune à 36L, les frais de vendange 24L aussi par arpent, les droits d'aides au bureau du lieu à raison de 3L15s chaque pièce année commune, le loyer de chaque arpent de vigne 30L forment un capital de 265L.

Le produit des 12 pièces de vin à raison de 18L la pièce année commune fait la somme de 216L.

En conséquence de 100L qui doivent rester aux vignerons pour ses façons et travaux, ne lui reste que 49L lesquels ne peuvent lui faire que 10s par chacune de ses journées. » (219)

En fait, il faut comprendre que les 100 livres «que coûte par année le travail d'un arpent de vigne», c'est, en réalité, le revenu net que le vigneron devrait tirer de son travail. Mais, de fait, à cause des droits d'aides, il ne lui reste que 49 livres.

Plus encore, le vigneron de Fublaines dénonce «Encore un abus qui ne peut être connu qu'à Mrs les aydes (Malgré les peines que le pauvre vigneron éprouve) en déclarant aux vignerons qu'il ne lui donne que quatre champagne et demie pour sa boisson pendant une année, se trouve un père de famille avec six ou huit enfans, avec tous les soins qu'il peut prendre, dans des années où il ne récolte que six pièces de vin, et n'en consomme que deux dans lad. année, et l'année suivante en récolte pareillement six, le vin étant de meilleure qualité et de plus haut prix, ce pauvre vigneron pour sa facilité n'ayant d'autre connoissance le faisant pour son bien, et même faisant l'avantage des Aydes, vend ses six pièces de sa dernière récolte et consomme ses quatre pièces de vin vieux. Mrs les Aydes font payer au vigneron le vin trop bu et gros manquant, en disant qu'il doit remplir son inventaire.

Qu'il est aussi malheureux au pauvre vigneron que venant à l'âge d'environ 60 ans, étant hors d'état de cultiver ses vignes, en fait une cession à ses enfans, en se réservant par chaque année une pièce de vin, à quoi il se restreint, et ce et à cause souvent ses enfans étant hors d'état de lui donner sa subsistance, sont encore obligés de payer les droits de cette pièce de vin qu'il a donné à leur père, ainsi et de même que s'ils le vendoient à étranger ; quoi que provenant de ses biens; plaisent à ces Messieurs de représenter tous ces abus et charges dont les vignerons sont chargés, tant des vins manquant que ceux donné pour aliment à leur père et mère. » (220)

Abstraction faite des éventuels dégâts causés par les animaux et les hommes, et avant qu'il ait à payer la dîme à l'Eglise, le droit de pressoir au seigneur et les taxes des Aides, la météorologie est le premier facteur influençant le revenu du vigneron, en déterminant l'importance de sa vendange. Que survienne un événement climatique exceptionnel, gel des vignes, grêle violente, pluie abondante, froid inhabituel, sécheresse exceptionnelle, et le vigneron ne récolte que très peu de raisin et n'a que très peu de vin à vendre.

Toutefois, le prix du vin étant libre, la loi de l'offre et de la demande établit, au moins en partie, un équilibre. Quand le vin est rare, suite à un incident météorologique, son prix monte par rapport à une année commune. A l'inverse, les années d'abondance, la profusion de vin fait baisser les prix. La chronique tenue pendant près de deux siècles par une famille de vignerons de Varreddes nous en apporte l'illustration (221):

- 1653, bonne année en toute chose, de blé et du vin ; la pièce de vin 12 livres ;

- 1655, les vignes ont gelé, cela leur a fait beaucoup de tort ; le demie queue champenoise 24 livres ;

- 1659, les vignes ont gelé, d'où une très petite vendange cette année 1659 et l'année 1660 ; la demie queue 30 livres;

- 1667, la récolte a été bonne en toute chose ; la pièce de vin 13 livres ;

- 1672, la récolte a été très bonne en toute chose ; la pièce de vin 8 livres ;

- 1675, une nuée de grêle, guère de vin ; la pièce de vin 24 livres ;

- 1692, il faisait toujours froid dans l'été, neige le 27 octobre, jour de vendange ; la pièce de vin vieux 35 livres

- 1693, la récolte du vin a été petite, la pièce de vin vieux 38 livres, le vin nouveau 36 livres

Comme on le voit, cet effet d'abondance ou de rareté se répercute parfois sur l'année suivante : une grosse récolte ne peut s'écouler en quelques mois et les stocks restant lors de la vendange suivante continuent de peser sur les cours. A l'inverse, le prix élevé du vin rare d'une petite vendange se répercute en partie sur le prix du vin nouveau de la récolte suivante, fut-elle bonne.

En année de vendange normale, ni réduite ni abondante, le prix du vin augmente peu à peu au fil des mois. A Varreddes, en 1733 : «le vin a valu 15 et 16 livres ; il a renchéri au pied de la moisson (en juillet NDLR), en sorte qu'il a valu jusqu'à 24 livres le vin de 1731, et le nouveau 20 livres» (222).

En cas d'abondance de la récolte, les vignerons doivent acheter davantage de tonneaux, et la forte demande en fait augmenter le prix : à Varreddes, en 1712, «la récolte du vin a été abondante ; Les cerceaux valaient à vendange 30 sols la molle, et les tonneaux bien cher» (223). Les cerceaux, en général de châtaignier, servent au tonnelier à cercler les tonneaux (224). («Molle se dit des paquets ou bottes de cerceaux dont se servent les Tonneliers. Les molles de cerceaux sont plus ou moins grosses, selon la grandeur des cerceaux qu'elles contiennent. Les molles de cerceaux à futaille en contiennent ordinairement 25, & 16 quand ils sont plus forts») (225). En 1779, en raison d'une récolte très abondante : «on ne savait où mettre le raisin; à la fin de l'août, les tonneaux ne valaient que cinquante sols (2livres 1/2) ; dans les vendanges, ils ont valu jusqu'à sept livres» (226).

Après la révolution, les vignerons se trouveront libérés à la fois de la dîme, des privilèges féodaux et du poids des Aides.


Fêtes, rites et coutumes.

Sous l'Ancien Régime, l'Eglise interdit de travailler le dimanche et lors de certaines fêtes du calendrier liturgique. Les autres jours, l'Eglise compose : en octobre 1677, à Saint-Jean-lès-Deux-Jumeaux, «le 18, qui fut premier jour de la vendange, la Messe se dit de grand matin pour la commodité des vendangeurs qui s'y trouvèrent en foule. » (227)

Mais, à l'occasion des fêtes majeures, si le moment de vendanger est venu, il est bien difficile aux curés de faire respecter l'interdiction de travailler. En 1680, le curé de Saint-Jean-lès-Deux-Jumeaux note «une circonstance notable du jour de saint Denys (9 octobre), sçavoir que comme l'on estoit en vendange, l'on ne put gagner sur ce peuple (les vignerons. NDLR) toujours difficile et indévot, de fester (d'assister à l'office. NDLR); mais insolemment (ils) passèrent et repassèrent tout le jour avec leur vendange sur leur dos par devant l'église, tout durant l'office divin. Il gagna seulement les officiers du lieu qui n'envoyèrent point leurs gens dans les vignes » (228).

L'année suivante, la vendange tombe de nouveau pendant la fête de saint Denis, et «ce qui surprend le plus, c'est que les plus spirituels (dévots. NDLR) de la paroisse, comm'un Jean Mesnard, vous disent tout franchement qu'ils ont des hommes à nourrir, et que cela n'est pas plaisant de tenir tant d'ouvriers à rien faire» (229).

Pour les vignerons, la fête la plus populaire, tant dans notre région que dans tous les pays de vignoble, est la Saint-Vincent, le 22 janvier. A cette date, le vigneron a vendu, plus ou moins bien, son vin. Une grosse partie du travail de l'année est effectuée, et le gel ou la neige peuvent interdire de s'affairer dans les vignes. On peut donc s'accorder un moment pour des réjouissances. C'est donc la fête des vignerons, qui revêt à la fois un caractère religieux et corporatif. Saint Vincent de Saragosse, diacre espagnol, est le patron des vignerons uniquement en raison de la sonorité de son nom.

Cette fête est attestée dans beaucoup de localités des bords des Morins et de la Marne où on cultivait la vigne: Coulommiers, Mourroux, Guérard, Saint-Augustin, Voulangis, Saint-Germain-sur-Morin, Coulommes, Quincy, Lesches, Saint-Cyr-sur-Morin, Citry, Sainte-Aulde, La-Ferté-sous-Jouarre, Chamigny, Varreddes (230).

Elle est aussi attestée à Nanteuil (231)et à Sammeron (232). A Coulommes elle a eu lieu jusqu'en 1939 (234).

A Varreddes, lors de la fête, on place dans la main de la statue du saint une grappe de raisin soigneusement conservée depuis la dernière vendange (235). A l'issue de la messe, deux vignerons "rendent le chantiau", c'est-à-dire offrent le pain bénit à l'assistance (en fait de pain, il s'agit de brioche). Une plus grosse part est réservée aux deux vignerons qui auront à rendre le chantiau l'année suivante.

A Saint-Jean-lès-Deux-Jumeaux, en 1680, «la feste de saint Vincent, 22° Janvier, se passa à l'ordinaire avec grande Messe, point de Vespres, le pain bény y fut porté par Billard, et le chanteau fut pris par le sieur le Jeune» (236).

Au 19° siècle, après la messe, le plus souvent, les vignerons participent à un banquet au cours duquel on déguste le vin de la dernière récolte, ainsi que quelque vin vieux précieusement conservé pour l'occasion.

Aux Parrichets de Mouroux, à la Saint Vincent, les vignerons dégustent deux bouteilles du vin de l'année précédente, conservées dans une niche sur la façade d'une maison, sous la garde d'une statuette du saint. Les deux flacons, descendus cérémonieusement de la niche, sont remplacés par deux nouvelles bouteilles de l'année (237).

Un autre rite se pratique au cœur de l'été dans quelques localités vigneronnes: l'offrande des prémices ou des précoces. Il s'agit d'offrir à un saint la plus belle grappe qui soit pour qu'il protège la vigne et favorise le mûrissement du raisin. A Coulommes, c'est saint Laurent, patron de l'église, que les jeunes gens sollicitent le 10 août, jour de la fête patronale, en montant accrocher une grappe à sa statue au-dessus du porche de l'église. Cette offrande se pratique à Coulommes jusqu'en 1914 (238). Elle se pratique aussi à Boissy-le-Chatel (239). Ailleurs, on porte cette grappe à une statue de la Vierge le 15 août, de saint Roch le 16 août, de saint Barthélémy le 24 août (240), ou de quelques autres saints fêtés au cours de l'été.

Il existait une autre coutume en relation avec le vin, et indirectement avec les vignerons: le glas des morts. A Coulommes, la veille de la Toussaint, les jeunes gens du pays se répartissaient en deux groupes. Le premier commençait à sonner le glas à l'église Saint-Laurent, en mémoire des défunts. L'autre groupe entreprenait de faire le tour de toutes les maisons du village, muni de seaux. Les habitants y versaient un ou plusieurs litres de vin de leur cave ou donnaient quelques pièces aux jeunes gens. Si la quête était bonne, l'équipe des sonneurs interrompait ses sonneries vers 22 heures. Dans le cas contraire, par représailles, le glas retentissait toute la nuit. Le lendemain, les deux groupes de jeunes réunis consommaient le produit de la quête dans l'un ou l'autre café du village. A Boutigny, c'était le bedeau, le fossoyeur et le garde-champêtre qui sonnaient le glas le soir de la Toussaint et faisaient la quête du vin le lendemain (241).

Enfin, il y avait les Rogations, processions destinées à attirer la bienveillance divine sur les récoltes et les animaux. Elles ne concernaient donc pas que la vigne. Au cours des trois jours qui précèdent l'Ascension, les cultivateurs, les vignerons et tous ceux qui vivaient de la terre, parcouraient en procession le territoire de la paroisse à la suite du curé qui bénissait terres, récoltes et animaux.

Dictons.

Tel est Noël, tel est l'An, telle est la saint Vincent.

A la saint Vincent, l'hiver s'en va s'il ne reprend.

A la saint Vincent tout gèle ou se détend.

A la saint Vincent, le vin monte au sarment.

A la saint Vincent, temps clair et beau, il y aura du vin comme de l'eau.

A la saint Vincent, de l'alouette on entend le chant.

Si le jour de saint Vincent est trouble, il met le vin en double.


Boire et déboires.

Malgré la pénibilité du métier et l'éparpillement des parcelles, malgré les calamités climatiques, malgré les privilèges des seigneurs et les prélèvements de l'Eglise, malgré les taxes et les tracasseries des commis des Aides, les vignerons briards vivent tant bien que mal de leur activité jusqu'à la Révolution. La rédaction des cahiers de doléances leur donne alors l'occasion de témoigner de la précarité de leur condition, et l'on sent que le bouleversement qui s'annonce suscite en eux l'espoir d'une amélioration de celle-ci.

De fait, l'abolition des privilèges (et par conséquent celle de la dîme) dans la nuit du 4 août 1789 supprime le monopole seigneurial du banvin et l'obligation de porter sa récolte au pressoir banal, et fait disparaître la dîme du vin. L'abolition des Aides le 2 mars 1791 anéantit les droits sur les boissons et surtout libère les vignerons du despotisme et des vexations des commis. La mise des biens de l'Eglise à la disposition de la Nation et leur vente permettent à certains paysans d'acheter des terres. Toutefois, de ce point de vue, la pauvreté d'une majorité de vignerons de notre région leur interdira de bénéficier de cette aubaine dont profiteront surtout de riches laboureurs et des bourgeois aisés.

Cette relative embellie sera d'assez courte durée: l'état des finances du pays oblige la nouvelle administration à établir des impôts indirects. La production du vin, sa vente en gros et en détail, sa circulation, son entrée dans les villes de plus de 4.000 habitants seront taxés tant il est vrai que «L'impôt sur les boissons est l'une des sources les plus considérables de nos revenus publics.» (242). Un droit d'inventaire est institué le 5 ventôse an XII (25 février 1804), puis un droit sur la vente en gros et en détail en 1806 (243). Ces droits et ceux qui leur seront adjoints ultérieurement seront, pour les vignerons, beaucoup moins lourds et handicapants que ne l'étaient les Aides et les tracasseries des commis.

Pourtant, le 19° siècle va porter à la viticulture française des coups qui seront fatals à la vigne en Seine-et-Marne.


Quand la nature se déchaîne.

C'est en effet la nature, perturbée par l'intensification des échanges agronomiques internationaux, qui va s'attaquer à cette culture millénaire.

La première attaque vient de l'oïdium Tuckeri, champignon parasite originaire d'Amérique, apparu en Grande-Bretagne et en Belgique en 1845. Il se manifeste par des taches grisâtres sur les feuilles et les fruits, arrête leur développement et provoque le dessèchement des grappes. Il apparaît pour la première fois en France en 1847 à Ferrières-en-Brie dans les serres de M. de Rotschild. Il est ensuite signalé à Versailles en 1848, à Charonne en 1849, puis à Saint-Mandé, Conflans et Montrouge en 1850 (244). Par la suite, il se répand progressivement dans toutes les régions viticoles, dont la Seine-et-Marne.

Dès 1851, il s'avère qu'il est combattu efficacement par pulvérisation de soufre (245). Toutefois, ce remède a pour inconvénient de provoquer de douloureuses ophtalmies à ceux qui l'administrent. Toute la France viticole continue donc de chercher des solutions préventives et curatives moins pénibles et moins coûteuses. La Seine-et-Marne ne fait pas exception et la Société d'agriculture, sciences et arts de Meaux se fait l'écho des recherches des vignerons de l'arrondissement: l'un préconise d'amender le sol avec de la potasse en répandant des cendres au pied des ceps, un autre leur ajoute de la chaux et du sel, d'autres encore recommandent l'eau de soude, ou une solution de sulfure de potasse ou l'eau de chaux vive (246). Les résultats ne convainquent pas les membres de la Société d'agriculture, qui jugent plus efficace le procédé mis au point par M. Clain, propriétaire à Meaux: il trempe quant à lui ses grappes dans une solution de 6 cuillers de vinaigre par litre d'eau (247).

La Société d'agriculture mentionne aussi les bons résultats obtenus par Jean-Ferdinand Richard, instituteur à Quincy-Ségy. Celui-ci, après des essais sur ses propres vignes, sur celles d'un vigneron de Quincy et sur une treille du château de Quincy appartenant à M. Boula de Nanteuil, propose de badigeonner les ceps ou de tremper les grappes dans une solution d'eau, de savon et d'alcool (248). Ses travaux lui vaudront une médaille de vermeille à l'occasion du comice tenu à Condé-Sainte-Libiaire le 18 juin 1867 (249).


Après un champignon, un insecte.

Un autre fléau naturel fait son apparition dans le midi de la France en 1863, le phylloxera. Cet insecte apparenté aux pucerons, arrivé des Etats-Unis sur des ceps importés, parasite la racine de la vigne dont il suce la sève, provoquant la mort du pied en trois ans. Il envahit tout d'abord les vignobles du Sud (1865, Bouches-du-Rhône) et du Sud-Ouest (1866, Gironde), puis gagne peu à peu les régions plus au Nord: 1871, Rhône; 1876, Loiret; 1878, Côte-d'Or. En 1883, il est aux limites sud du département de Seine-et-Marne (250).

Lors de sa cession d'août 1884, le Conseil Général de Seine-et-Marne, relève que «de récentes recherches pratiquées dans les vignes des communes du canton de Château-Landon, proches du département du Loiret, ont amené la découverte du phylloxera sur différents points. […] on estime que l'invasion phylloxérique doit remonter […] à plusieurs années.» (251). Dans sa cession d'août 1885, le Conseil Général note que l'arrondissement de Provins est sans doute lui aussi touché depuis plusieurs années (252). La progression du fléau se poursuit vers le nord du département. Des comités d'études et de vigilance sont créées dans les arrondissements concernés.

Pourtant, dans le département, «les vignerons ne luttent toujours pas contre l'envahisseur pour la raison […] que les frais de traitement, ajoutés aux frais généraux, seraient hors de proportion avec les produits qu'ils tirent de leurs vignes» (253). En effet, des moyens de lutte employés efficacement dans certains vignobles du Midi (plantation des ceps en terrain sableux, ou submersion sous une couche d'eau) sont inapplicables en Brie, soit en raison de la nature de son sol, soit en raison de la situation des vignes à flanc de coteaux. Un traitement par sulfure de carbone, utilisé en Seine-et-Marne, parfois par voie administrative, est efficace, mais c'est une méthode longue et coûteuse.

Progressivement, les vignerons des communes touchées, soutenus par les comités d'études et de vigilance, demandent l'autorisation de reconstituer leur vignoble à partir de plants d'origine américaine, "porteurs sains" du parasite, soit en production directe, soit en greffant dessus des variétés françaises. Les variétés américaines les plus utilisées sont l'Herbemont, le Noah, l'Othello, le Jacquez, etc.

En 1892, l'arrondissement de Melun est touché à son tour (254), et tandis que les comités d'études et de vigilance des arrondissements touchés par le fléau, ainsi que celui de l'arrondissement épargné de Coulommiers sollicitent (en vain) du ministre de l'agriculture l'autorisation de recourir à des cépages américains, le comité de l'arrondissement de Meaux «a émis à l'unanimité l'avis qu'il n'y avait pas lieu d'autoriser l'introduction et la culture des cépages américains, car rien ne prouvait que l'existence du phylloxera avait été constatée dans l'arrondissement» (255). Les plants d'origine américaine, s'ils ne sont pas affectés par l'insecte, peuvent néanmoins en être porteurs et contaminer les cépages locaux jusqu'alors épargnés. Toutefois, des pépinières sont établies à titre expérimental dans l'arrondissement de Meaux (256).

En juillet 1893, le professeur en charge de la chaire départementale d'agriculture rapporte que «jusqu'à présent, le fléau avait gagné de proche en proche. Cette année, au contraire, il semble avoir fait un bond considérable. J'ai en effet découvert l'insecte destructeur sur la commune de Guérard, au hameau de Monthérand (arrondissement de Coulommiers), presque à la limite de l'arrondissement de Meaux» (257).

Pour l'arrondissement de Meaux, la menace prend corps en 1897. Si, lors de sa visite des vignes de Poincy le 20 octobre, celles-ci semblent épargnées, le professeur d'agriculture note que «c'est le 26 juillet 1897 que je constatai la présence du mal à Thorigny, et seulement le 16 décembre à Couilly […] A Couilly, le mal paraît cantonné dans une vigne de quelques ares; mais l'insecte était tellement difficile à voir à l'époque où eut lieu ma visite (16 décembre), que de nouvelles recherches s'étendant à toute la contrée sont nécessaires. Nous espérons les reprendre bientôt» (258).

Outre le traitement des vignes par le sulfure de carbone, deux autres types de mesures sont mis en œuvre pour sauver le vignoble de la région. En premier lieu l'information et la formation des vignerons. Le professeur départemental d'agriculture organise des conférences «sur les moyens de combattre le phylloxera et sur la reconstitution du vignoble à Monthyon, Varreddes, Nanteuil-sur-Marne, Citry, Meaux, Méry, Saacy, Montjay-la-Tour, Dampmart, Carnetin, Thorigny, Nanteuil-lès-Meaux, Quincy, Esbly, Crécy du 13 au 2 janvier 1898 (800 auditeurs)» (259). En 1899, de nouvelles conférences sur la reconstitution du vignoble et le greffage de la vigne sont données à Thorigny, Citry, Montgé, Cuisy et Quincy où une autre conférence sur les moyens de combattre le phylloxera réunit 42 auditeurs (260).

A Quincy-Ségy, l'insecte est découvert en novembre 1899 (261). Une conférence sur les maladies et traitements de la vigne, donnée à Nanteuil le 19 novembre 1899, réunit 65 auditeurs (262). Fin 1899, début 1900, des conférences sur la culture de la vigne greffée sont données à Carnetin, Monthyon, Quincy, Villiers-sur-Morin, Meaux et Sainte-Aulde (263). Les conférences se poursuivent: Carnetin le 31 août 1900, Meaux le 9 septembre 1900, Villiers-sur-Morin le 30 décembre, Bouleurs et Voulangis le 13 février 1901, Chalifert et Montry le 15 février, Carnetin et Saint-Thibault le 16 février, Nanteuil-lès-Meaux le 17 février (264).

Dans le même temps, on réalise 30 essais de reconstitution de vignoble entre 1894 et 1898, avec des variétés américaines, notamment à Thorigny, Nanteuil-lès-Meaux et Voulangis (265), et des plants américains, greffés ou non, sont distribués aux vignobles en constitution, à des instituteurs et à des particuliers. Ainsi, à l'occasion des conférences de 1898, «deux mille greffes-boutures faites sur place par un maître-greffeur et 3.000 mètres de sarments américains, parmi les meilleures espèces, y ont été distribués» (266). Des cours de greffage sont créés dans une dizaine de communes du département, dont un à Guérard (267).

En 1900, le professeur départemental d'agriculture note: «Pour ce qui est des … communes, aucune, - à part Thorigny qui continue à se défendre énergiquement avec le sulfure et les plans que je mets à sa disposition, - aucune, dis-je, n'a recours aux sulfurages » (268). En revanche, la reconstitution des vignobles à l'aide plans greffés fait des progrès sensibles. En 1901, si des arrondissements touchés parmi les premiers (Fontainebleau, Provins, Melun) comptent les plus grandes superficies de ces vignobles reconstitués, les arrondissements de Coulommiers et de Meaux commencent à en avoir quelques uns (10 ha chacun) (269).


Le mildiou.

Dès août 1878, un nouveau fléau fait officiellement son apparition en France quand le mildiou (version francisée du mildew anglo-saxon), autre champignon microscopique originaire d'Amérique, est décelé sur des vignes bordelaises. Déjà bien connu outre-Atlantique, il attaque la face inférieure des feuilles de vigne, provoque leur altération et leur chute précoce. Arrivé en Europe, comme le phylloxera, avec les sarments destinés à reconstituer le vignoble, on suit moins bien sa progression à travers la France sur des vignes déjà attaquées et affaiblies par l'oïdium et le phylloxera. Sa dissémination et la vigueur de ses attaques sont favorisés par de fortes chaleurs et des pluies abondantes, et contrairement au phylloxera, le mildiou n'épargne pas les ceps d'origine américaine.

En Seine-et-Marne, il n'est fait mention de son apparition qu'en 1885, et sur des communes du Sud du département (270). Des conférences d'information sont organisées dès avril 1886 dans ce secteur (271), puis vraisemblablement au fur et mesure de sa progression: conférence à Crécy en septembre 1887, à Rebais en mai 1888 (272) et à Coulommiers en juin 1889 (273). Ces conférences sont donc moins nombreuses et moins fréquentes que celles consacrées au phylloxera. C'est sans doute que le traitement par pulvérisation d'un mélange de sulfate de cuivre et de chaux (bouillie bordelaise) est rapidement connu des vignerons.

Oïdium, phylloxera et mildiou sont les affections les plus graves qui touchent les vignes de notre région. Elles n'en sont pas pour autant épargnées par d'autres maladies ou parasites qui, sans leur être fatals, les affaiblissent et ne leur permettent pas de résister aux attaques de ces trois fléaux.


La disparition et la fin du vignoble.

Dans un rapport au Ministre de l'agriculture, le vice-président de la Société d'agriculture de Meaux indique qu'en 1879 le département de Seine-et-Marne compte 7.187 hectares de vignes, et qu'il en a perdu 10.000 hectares depuis 1867 (274).

Localement, le constat est le même. Encore une fois, ce sont les instituteurs, chargés de rédiger la monographie de leur commune pour l'exposition universelle de 1889, qui témoignent:

A Couilly-Pont-aux-Dames «comme dans toute la région la culture de la vigne a beaucoup diminué à Couilly par suite des mauvaises récoltes de ces dernières années; on n'en trouve plus qu'entre le village et le hameau de Huiry, sur une étendue de 22 hectares, dont la production moyenne est de 800 hectolitres de vin estimé 40f l'hectolitre» (275).

A Jaignes «la vigne tend à disparaître entièrement du terroir de Jaignes. Il en existait 30 hectares environ en 1772, 20 hectares en 1789 et aujourd'hui on en compte à peine 2 hectares. Une série continue de mauvaises récoltes a découragé les propriétaires qui ont arraché leurs plants» (276).

A Boitron «la partie de la côte située au midi du village était autrefois toute plantée de vigne. Mais la vigne ayant cessé de donner des produits rémunérateurs, la plus grande partie a été arrachée: il n'en reste guère aujourd'hui que huit hectares. Au lieu de vigne, on plante maintenant une grande quantité de pommiers, et dans quelques années, toute cette partie ne sera plus qu'un vaste verger» (277).

A La-Celle-sur-Morin «le cadastre de 1843 porte 108 hectares cultivés en vigne. Les statistiques suivantes donnent une diminution frappante. 1853: 108 hectares (44 hectolitres par hectare). 1862: 100 ha (11 hl/ha). 1873: 80 ha (15 hl/ha). 1882: 46 ha (17 hl/ha). 1887: 60 ha (10 hl/ha). Les fruits réussissent mieux, aussi, les cultivateurs plantent de nouveau des arbres fruitiers à haute tige» (278).

A Chalifert «dans la côte qui s'élève presque à pic, le terrain est de nature argilo-calcaire, avec une couche arable de très faible épaisseur. Autrefois, cette partie du territoire était entièrement plantée de vigne; mais maintenant cette culture est abandonnée sur cette côte à cause des difficultés de travail et de transport. On y a laissé pousser du bois dans la partie inférieure, et dans l'autre il y a des milliers d'arbres fruitiers, pommiers, poiriers, et qui rapportent des fruits excellents et très recherchés sur le marché de Lagny» (279).

A La-Chapelle-sur-Crécy «il existe encore sur le territoire de la commune une centaine d'hectares de vignes qui produisent un vin passable. […] Les pommiers et les poiriers remplaceront la vigne qui est appelée à disparaître» (280).

En avril 1899, «Le vignoble de Seine-et-Marne, qui a compté plus de 18.000 hectares avant l'apparition des maladies cryptogamiques et du phylloxera, n'en a plus que 3.700 aujourd'hui» (281). En 1904, la superficie est encore réduite à 2.400 hectares, dont 200 hectares touchés par le phylloxera et seulement 375 plantés en cépages américains (282). Au 1er novembre 1907, sur les 2.112 hectares de vignes du département, l'arrondissement de Coulommiers n'en compte plus que 168 hectares (dont 31 en vignes greffées), et celui de Meaux 583 (dont 46 en vignes greffées) (283). Au 1er novembre 1913, la superficie viticole du département est réduite à 795 hectares, dont 38 dans l'arrondissement de Coulommiers et 157 dans celui de Meaux (284).

En 1888, les instituteurs en témoignaient: plutôt que de reconstituer leurs vignes en greffant des cépages américains, les vignerons préfèrent les remplacer par des arbres fruitiers. Si les calamités sanitaires qui s'abattent successivement sur leur vignoble dans cette deuxième moitié du 19° siècle y sont évidemment pour beaucoup, le déclin avait débuté bien avant que ces fléaux ne surviennent.


Un déclin amorcé depuis longtemps ?

Une enquête réalisée en 1807 sur la culture de la vigne dans l'arrondissement de Coulommiers, déjà mentionnée précédemment (285), nous offre un point de comparaison avec la situation dans les mêmes localités une vingtaine d'années plus tôt, c'est-à-dire au moment de la levée des plans d'Intendance.

Comme le fait remarquer Marcel Lachiver dans la présentation de cette enquête, quelques chiffres en paraissent contestables. C'est le cas pour La-Celle-sur-Morin: 49,05 hectares. On a vu plus haut que, dans sa monographie communale en 1888, l'instituteur de cette commune indique, d'après le cadastre, les superficies occupées par les vignes: 108 hectares en 1843, 108 ha en 1853, 100 ha en 1862 (286). Il paraît alors incohérent qu'après 178 ha de vignes en 1789, date de l'arpentage du plan d'Intendance, la superficie soit descendue à 49 ha en 1807, pour remonter à 108 ha dans la décennie 1843-1853.

Le tableau qui suit reprend les chiffres des 15 communes comptant le plus de vigne, sur les 43 où elle est cultivée dans l'arrondissement de Coulommiers en 1807.

volution du vgnoble 1807

Pour Villeneuve-sur-Bellot il paraît également surprenant que la superficie augmente de 96 ha en 1783 à 134 ha en 1807, compte tenu de la tendance générale à la diminution du vignoble dans l'arrondissement, que met par ailleurs en évidence cette enquête de 1807.

A Boissy-le-Chatel, la superficie du vignoble serait curieusement passée de 98 hectares en 1787 à 36 hectares en 1807 pour remonter à 77 hectares en 1830.

Pour douteux ou incohérents que soient certains chiffres, ils ne remettent pas en cause la tendance à la baisse qui ressort de cette enquête de 1807 pour les autres communes de l'arrondissement. Il est regrettable que la même enquête n'ait pas été publiée pour tous les arrondissements de Seine-et-Marne. On peut toutefois supposer qu'une tendance à la baisse y aurait aussi été constatée.

S'il se contente de donner une photographie de la viticulture de l'arrondissement à un instant précis, sans évoquer l'évolution des superficies, le rédacteur de cette enquête constate néanmoins que «depuis quelques années le prix du vin de nos vignobles a baissé». Il en attribue notamment la cause «à l'usage qui s'étend chaque jour, depuis la révolution, de tirer des vins, pour la consommation des cabarets et des particuliers un peu aisés, des vignobles de Sézanne, des environs de Provins, ou même de Sens. Il est de fait qu'on ne veut plus du vin de Brie dans les auberges et même dans les cabarets de l'ancienne Brie. On y boit, à meilleur marché, de meilleurs vins, qu'on tire de Villenoxe, des Vertus, de Château-Thierry, du Riceys, etc.» (287).

Le rédacteur de l'enquête a donc remarqué que la concurrence subie par les vins de Brie débute après la Révolution (c'est-à-dire quelques années après la levée des plans d'Intendance). Il n'y a rien d'étonnant à ce que cette mévente des vins de Brie ait poussé des vignerons de la région à arracher tout ou partie de leurs vignes depuis 1789.

On en avait peut-être déjà arraché antérieurement. Le Mémoire sur l'état de la Généralité de Paris, établi entre 1698 et 1700, et mentionné plus haut, fait état des vignes arrachées en raison du poids excessif des droits de gros, de jaugeage et de courtage (288). Il expose la situation de l'Election de Mantes, à l'Ouest de Paris, où on en avait arraché à cause de la concurrence des vins de Normandie, exempts de la plupart des taxes, notamment du droit de gros (289). Toutefois, rien n'indique qu'il en ait été de même dans les Elections de Meaux, de Coulommiers et de Rozoy.


La concurrence des vins du Midi.

On l'a vu, les vins de la région sont consommés sur place et dans les alentours immédiats, majoritairement par le monde rural, et sans même passer les portes de Paris. La population globale de Seine-et-Marne augmente tout au long du 19° siècle, en même temps que débute un exode des populations rurales vers les villes où se développent industrie, commerce et artisanat urbains. Cette migration s'accompagne d'une évolution des modes de consommation. Les populations urbaines boivent plus de vin et du vin de meilleure qualité que les ruraux. Les volumes de vin produits en Seine-et-Marne et leur qualité ne suffisent plus à satisfaire la demande des consommateurs. Pour la période 1870-1879, alors que la production annuelle du département est en moyenne de 224.515 hectolitres, la consommation annuelle est en moyenne de 449.267 hectolitres, soit le double (290).

C'est encore plus flagrant à la fin du siècle, quand une grande partie des vignes du département a été arrachée, suite aux ravages du phylloxera: en 1896, la production de vin du département descend à 97.806 hectolitres alors que la consommation augmente jusqu'à 597.900 hectolitres (291). Il faut donc faire massivement appel à l'importation de vins d'autres régions, en particulier ceux du Midi. Outre un ensoleillement naturel qui profite à la vigne et au raisin, plusieurs autres facteurs concourent à les favoriser.

En premier lieu, le vinage, procédé qui consiste à ajouter de l'alcool au vin pour lui permettre de mieux se conserver et d'être transporté sans se dégrader. Des droits élevés frappent l'alcool destiné au vinage jusqu'à un décret-loi du 17 mars 1852 qui limite la possibilité de recourir à ce moyen en franchise de droits à sept départements du Midi: Pyrénées Orientales, Aude, Tarn, Hérault, Gard, Bouches du Rhône et Var (292).

Concomitamment, des lignes de chemin de fer sont ouvertes, permettant d'acheminer les vins du Languedoc vers Paris: «en 1860, la liaison est faite avec Paris, soit par l'Ouest, grâce aux lignes du Midi et du Paris-Orléans, soit par Nîmes et Tarascon, et ce qui va être la grande voie P.L.M.: Avignon à Lyon et Dijon» (293).

A Paris, les besoins croissants de la population imposent de disposer de lieux de stockage de plus en plus importants. Une nouvelle Halle aux Vins de 14 hectares construite sur la rive gauche de la Seine entre 1811 et 1845 s'avère insuffisante, et en 1869, commence la construction de nouveaux entrepôts sur 42 hectares, à Bercy, de l'autre côté de la Seine (294).

Les viticulteurs du Midi achèvent donc ce que ceux de Champagne et les calamités naturelles ont commencé. La résistance est d'autant plus vaine que les élus du département, au nom d'une certaine vision du progrès, participent à la mort de la viticulture locale. Tout d'abord, dans sa séance du 26 août 1864, le Conseil Général de Seine-et-Marne émet le vœu que le privilège accordé aux sept départements du Midi soit aboli et que le vinage soumis à de faibles droits sur l'alcool soit étendu à l'ensemble du pays. Les motivations du Conseil Général sont clairement exprimées: «Considérant qu'en rendant pour ainsi dire impraticable en France l'opération du vinage par la perception d'un droit trop élevé, on porterait un coup funeste à notre agriculture, en réduisant la culture de la betterave, qui est évidemment la source incontestable de nos plus grands progrès agricole;

Considérant que, loin d'adopter une mesure qui puisse nuire au développement de la culture de la betterave et de la distillerie agricole en France … » (295).

Les conseillers généraux n'évoquent alors la viticulture de Seine-et-Marne ni de près ni de loin, ne serait-ce que pour qu'elle profite aussi de la réduction des droits sur l'alcool destiné au vinage. Les élus ne visent qu'à soutenir la culture de la betterave, en plein développement dans le département, ainsi que la distillation de ses produits, en vue de vendre l'alcool pour le vinage aux autres régions viticoles.

Puis, lors de sa séance du 26 avril 1881, le Conseil Général de Seine-et-Marne discute un projet de ligne de chemin de fer «destiné en effet à traverser le département ou à peu près du sud au nord, de manière à lui permettre de recevoir directement les vins du Midi, les charbons du nord et de l'ouest …» (296).

Pour les élus de Seine-et-Marne, la cause est entendue: plutôt que de s'acharner à maintenir en vie une viticulture locale fragile et inadaptée aux nouvelles exigences des consommateurs, il est devenu préférable de soutenir la culture de la betterave, d'en vendre l'alcool en franchise de taxes aux viticulteurs du Midi et de faciliter l'importation des vins de ceux-ci dans le département.

En 1888, Eugène Hanneton, instituteur à Pommeuse, résume très lucidement la situation: « Le sol est ici très divisé […] Il fut un temps où ce morcellement était un signe de richesse […] A cette époque aussi, par un heureux concours de circonstances climatiques, les récoltes en vin étaient abondantes et de bonne qualité, on en trouvait la vente à d'excellentes conditions. C'était le bon temps des vignerons.

Il n'en est plus de même aujourd'hui. Le fils du paysan a pu acquérir quelques arpents en plaine; il a cheval et voiture; il trouve dur de cultiver à bras dans les pentes, quand c'est si commode, relativement, de travailler la terre en plaine, avec la charrue et la herse.

Ou bien d'autres horizons se sont ouverts devant lui; il a déserté la campagne pour la ville, croyant qu'il serait plus heureux là qu'ici; c'était l'industrie ou la bureaucratie enlevant des bras à l'agriculture.

Puis, pour ceux qui étaient restés, les mauvaises récoltes sont venues, se succédant à de courts intervalles. Les chemins de fer ont amené aux consommateurs des environs, les vins du Midi, autrement généreux que les nôtres; les produits de nos coteaux ont diminué de valeur, et les terres aussi…» (297).

Si on compare la carte moderne de l'Institut Géographique National au 1/25.000° de Boutigny à son plan d'Intendance, il apparaît clairement que la plupart des climats qui étaient jadis plantés de vignes, sont aujourd'hui couverts de bois et de taillis. Ils n'ont pas été convertis à la production céréalière. Ils n'intéressaient pas plus les cultivateurs du 19° siècle qu'ils n'avaient intéressé les laboureurs du 18° siècle, et ils n'intéressent pas davantage les exploitants agricoles du 21° siècle.


Survivances.

On l'a vu, sur les coteaux de la Marne et des Morins, les premiers symptômes du déclin de la vigne ont été détectés dès 1807, avant même que des crises sanitaires successives ne débutent dans les années 1845-1850, la plus grave survenant, avec le phylloxera, dans la décennie 1880-1890. L'agonie est alors brutale et rapide, aggravée par la concurrence des vins du Midi. Toutefois, ici ou là, des signes de vie subsistent … on résiste …

A Esbly, en 1888 « le vin est ordinairement de médiocre qualité. La récolte de 1888 est très mauvaise. L'inconstance de la température a empêché le raisin de mûrir; le vin est de qualité détestable, il ne sera pas buvable […] Malgré ce piètre résultat, les vieux vignerons, c'est curieux, plantent encore de la vigne » (298).

A Coulommes, la municipalité publie le ban de vendange jusqu'en 1908 (299), et le 10 août 1914, on offre encore à saint Laurent la traditionnelle grappe de raisin des prémices (300), preuves qu'il existe toujours, ces années là, une communauté vigneronne assez conséquente.

Le 22 janvier 1939, Roger Lecotté participe à la Saint-Vincent à Vaux, hameau de Coulommiers, en présence d'une assistance nombreuse. A cette occasion, il remarque « Je sais qu'on peut encore boire le "vin de Brye" au Grand Lud, à Montbrieux, à Monthérand (hameaux de Guérard) et à La Celle et constater que, pour n'être pas d'un très grand cru, il ne "vous en met pas moins la tête à l'envers" » (301).

Au milieu du 20° siècle, il ne subsiste que quelques îlots de vigne, éparpillés dans le département. En 1956, il reste 7 "vignerons" à Boutigny, cultivant 23 ares de vigne (60 hectares avant la Révolution) et 8 "vignerons" à Coulommes exploitant un peu moins d'un hectare (23 hectares avant le Révolution) (302). Ce sont, naturellement, des cultivateurs en activité ou en retraite, mais aussi des ouvriers agricoles, un maréchal ferrant, un maçon, un employé des chemins de fer et deux gardes champêtres, un en activité et un retraité (Octave BÉGAT). Il ne cultivent que des cépages obtenus par hybridation, dont, majoritairement le Bacot (ou Baco) rouge, et ils ne produisent que pour la consommation familiale.

Cadastre viticole 1956

A peu de choses près, la situation est la même dans toute la vallée de la Marne et dans celles des deux Morins et de leurs affluents.

Peu à peu, l'âge, la fatigue, le découragement viendront à bout de la plupart de ces résistants. Leurs enfants refusant de prendre la suite, leurs quelques ares de vigne seront convertis en verger, en terre à céréales, en friche ... Pour autant que l'on sache, un seul vigneron, à Coulommes (et peut-être dans toute la Seine-et-Marne), fera passer sa vigne à vin du 20° au 21° siècle: Marcel Rossignol. Sa parcelle se trouve au lieu-dit Luté, là où le plan d'Intendance levé en 1784 mentionne déjà "les vignes de Luttet", et où elles sont sans doute implantées depuis plusieurs siècles. Les plus vieux ceps, il les a plantés en 1948, avec Octave BÉGAT, le garde-champêtre. Aidé de quelques fidèles amis, il réalise son avant-dernière vendange les 29 et 30 septembre 2010. Il arrache la moitié de ces ceps au cours de l'hiver, et sa toute dernière vendange se déroule les 9 et 10 septembre 2011.


Renaissance ?

Et puis, des médias se font l'écho d'un mouvement inverse.

Comme un premier frémissement, des associations s'emploient à faire revivre un peu vigne dans le département. L'association le Vignoble du coteau de Thorigny replante, en 1989, 119 pieds de "cépage champenois", qui sont entretenus par les enfants des écoles.

La Confrérie des coteaux briards, fondée par Jean CHERON en 1990, se fait connaître en replantant des pieds de vigne à Coulommiers et en organisant les vendanges médiatiques de sa parcelle du coteau de Monte-à-peine. Loin de vouloir rétablir les milliers d'hectares de vigne qu'avait compté le département, la confrérie cherche à ranimer le souvenir du passé viticole de la région. Elle replante symboliquement, avec le concours des municipalités, des ceps dans les communes des environs: Liverdy (200 pieds ) et Courpalay en 2000, Doue en 2006, Coupvray en 2008, Saint-Jean-lès-Deux-Jumeaux en 2009, Condé-Saint-Libiaire et Couilly-Pont-aux-Dames en 2011, etc.

L'Association des coteaux de la Brosse replante 2.000 pieds de pinot noir et de chardonnay en avril 2004 à Bussy-Saint-Georges.

A Chalifert, à Villeneuve-le-Comte, ailleurs encore, des particuliers se lancent également dans la replantation de vigne, à petite échelle, et parfois presque dans la clandestinité, tant la réglementation est devenue contraignante et tatillonne.

Aujourd'hui, c'est à Guérard que l'affaire prend une certaine ampleur. Ici, on n'en est plus à la plantation symbolique d'une ou deux poignées de ceps, ni à un certain folklore, si sympathique soit-il. Fondée en 2001, La feuille de vigne guérardaise, s'est fixé pour objectifs de « promouvoir, sauvegarder, défendre et faire revivre le patrimoine culturel de la vigne et des fruits traditionnels ». La replantation commence en 2006 avec 50 pieds; en 2012, on en comte 900, et 1.100 en 2013 en chardonnay et pinot noir, au hameau du Charnoy . Un avenir ambitieux se dessine maintenant entre la participation d'habitants de Guérard acceptant d'accueillir un peu de vigne dans leur jardin, et le parrainage de quelques pieds par des entreprises dans le cadre d'un "vignoble pédagogique".


Conclusion.

Pendant des siècles, entre la Marne et les Morins, la vigne a profondément marqué le monde agricole. La culture de la vigne et son entretien, l'élaboration du vin, sa commercialisation et jusqu'à sa consommation ont marqué le monde rural et, plus largement, la société dans toutes ses composantes: noblesse féodale, bourgeoisie urbaine, artisans et commerçants (tonneliers, aubergistes, cabaretiers …), agents du fisc royal et de la République, maîtres d'école et curés de campagne, évêques et communautés religieuses …

Ici, la nature et les hommes se sont acharnés sur le vigneron et son travail. Ce que ne détruisaient pas les uns (aléas météorologiques, soldatesque, faune sauvage …), se trouvait ponctionné, parasité par les autres (fermiers des Aides, bénéficiaires de la dîme, noblesse …). Exclu du débouché parisien, le vigneron briard eut à affronter ses concurrents bourguignons et champenois chez les cabaretiers des bourgs et des villes et jusque dans l'auberge de son village. Trop dépendant de routines séculaires et trop impécunieux pour s'adapter aux bouleversements d'un monde en évolution, il a finalement été victime du déploiement du réseau ferroviaire, des échanges agronomiques internationaux et de leur cortège de fléaux sanitaires.

Mais cette paysannerie particulière, celle des vignerons, pauvres ou aisés, rarement prospères, souvent précaires, toujours fragiles, a néanmoins composé, à côté de la classe des laboureurs et des fermiers, une communauté singulière, avec ses propres techniques et compétences, avec ses coutumes et ses usages, ses croyances et ses rites, tous profondément enracinés dans un terroir et un passé millénaire.

Didier Lebègue.

lebeguedidier@orange.fr


ANNEXES.

Bail à loyer Bonnard/Nouri

Fut présent Sr George Antoine Bonnard, laboureur et concierge de Mr Choart, demeurant à Magny Saint Loup, paroisse de Boutigny;

Lequel a, par les présentes, volontairement baillé et délaissé à titre de loyer, pour le temps et espace de neuf années entières et consécutives, qui ont commencé au jour et fête de Saint Martin d'hiver mil sept cent quatre vingt neuf, et promis faire jouir ledit temps durant au Sr Jacques Nouri, vigneron demeurant audit Magny St Loup, à ce présent et acceptant, preneur audit titre, ledit temps durant;

1er. C'est à savoir Premièrement deux perches et demie de terre cy-devant en vigne, faisant la cinquième partie d'un demi quartier à prendre vers Ségy, faisant pointe, située à Magny St Loup Sous le bois, tenant d'une part à Pierre Rozée, d'autre par pointe à François Landrisson, d'un bout par haut au chemin et d'autre par bas à Mr Choart, seigneur dudit Magny;

2°. Item cinq perches de vigne situées au même terroir et lieu, tenant d'une part à Mr Paillard, d'autre audit Rozée, d'un bout par bas audit Rozée et d'autre par haut audit Landrisson;

3°. Item deux perches de vigne située audit terroir lieu-dit la Robcy, tenant d'une part à Claude Reimbert, d'autre à Lonzième de Quincy, par haut à Jean Etienne Moreau et par bas au nommé Narbonne;

4°. Item au même terroir lieu-dit les Vignes d'en haut au-dessus des plâtrières, dix perches de vigne tenant d'une part à Troublé de Meaux, d'autre à la Vve Guichard, par haut aux héritiers Cornu, par bas et par hache à Charles Dubois;

5°. Item une perche de vigne située audit terroir lieu-dit la Poudrière ou Sous le bois, faisant hache, tenant d'une part à la Caisse et Rozée, d'autre au Sr Gillard, par haut audit Rozée et par bas aux héritiers Lefevre;

6°. Item deux perches de vigne au même terroir, lieu-dit la Marnière, tenant d'une part à - - - Lauriot, d'autre ainsi que par haut et par bas à Jean Le Fort;

7°. Item et enfin dix perches de terre labourable située au même terroir, lieu-dit les Petites Vignes, tenant d'une part à Mr Choart, d'autre à Michel Lebel, d'un côté à Joseph Le Roy et d'autre au Sr Vincent.

Lesdits héritages appartenant audit Sr bailleur au moyen de l'acquisition qu'il en a fait de Sr Philippe Copeau, laboureur à St Jean les Deux Jumeaux, par acte passé devant le Notaire Royal soussigné le seize mai mil sept cent quatre vingt neuf, contrôlé à Crécy le trente dudit mois et an par le Sr Debourain.

Pour desdits héritages jouir par ledit preneur en tous fruits et profits quelconques pendant les neuf années du présent bail aux charges, clauses et conditions qui suivent.

Premièrement d'échalasser lesdites pièces de vigne comme les vignes voisines, les entretenir et les rendre en fin desdites neuf années en bon et suffisant état;

2°. d'amender, labourer, cultiver et ensemencer lesdites deux pièces de terre et de les rendre aussi en bon état.

Ce présent bail à loyer ainsi fait moyennant le prix et somme de dix sept huit livres de loyer et redevance par chacune année que ledit preneur promet et s'oblige de rendre, bailler et payer audit Sr bailleur en sa demeure ou au porteur par chacun an audit jour St Martin d'hiver, d'en faire la première année le payement ledit jour St Martin de la présente année, et ensuite continuer d'année en année jusqu'en fin du présent bail, le coût duquel, ainsi que la grosse seront payés par le preneur.

Car ainsi promettant et obligeant bien renonçant, fait et passé à Magny St Loup, paroisse de Boutigny, où le notaire s'est transporté à la réquisition et en la demeure du Sr bailleur, présence de Sr Louis La Roche, jardinier demeurant audit Magny, et de Pierre Charles Delaporte, laboureur demeurant à Coulommes, témoins, l'an mil sept cent quatre dix, le dix juillet avant midi, et ont signé

G.A. Bonnard - Jacque Nouri -P.C. Delaporte - Louis Etienne Laroche - Gallayx



Pierre de Ronsard.

Epitre à mon ami Ambroise de la Porte.

En cependant que le pesteux Automne

Tes citoyens l'un sur l'autre moissonne

Et que Charon a les bras tout lassés

D'avoir déjà tant des Mânes passés,

Ici, fuyant ta ville périlleuse,

Je suis venu près de Marne l'isleuse,

Non guère loin d'où le cours de ses eaux

D'un bras fourchu baigne les pieds de Meaux;

Meaux dont Bacchus soigneux a pris la garde

Et d'un bon oeil ses collines regarde,

Riches de vin qui n'est point surmonté

D'un vin d'Ay en friande bonté.

Non seulement Bacchus les favorise,

Mais sa compagne et le pasteur d'Amphryse

L'un y faisant les épis blondoyer,

L'autre à foison les herbes verdoyer.

Dès le matin que l'Aube safranée

A du beau jour la clarté ramenée

Et dès midi jusqu'aux rayons couchants,

Tout égaré, je m'enfuis par les champs,

A humer l'air, à voir les belles prées,

A contempler les collines pamprées,

A voir de loin la charge des pommiers

Presque rompus de leurs fruits automniers,

A repousser, sur l'herbe verdelette,

A tour de bras l'éteuf d'une palette,

A voir couler sur Marne les bateaux,

A me cacher dans le jonc des îleaux,

Ores je suis quelque lièvre à la trace,

Or' la perdrix je couvre à la tirasse,

Or' d'une ligne apâtant l'hameçon

Loin haut de l'eau j'enlève le poisson,

Or' dans les trous d'une île tortueuse

Je vais cherchant l'écrevisse cancreuse,

Or' je me baigne ou, couché sur les bords,

Sans y penser à l'envers je m'endors...

Sur tous plaisirs la vendange m'agrée,

A voir tomber cette manne pourprée

Qu'à pieds déchaux un gâcheur fait couler

Dedans la cuve à force de fouler.

Sur les coteaux marche d'ordre une troupe;

L'un les raisins d'une serpette coupe,

L'autre les porte en sa hotte au pressouer,

L'un tout autour du pivot fait rouer

La vis qui geint, l'autre le marc asserre

En un monceau et d'ais pressés le serre,

L'un met à l'anche un panier attaché,

L'autre reçoit le pépin escaché,

L'un tient le muid, l'autre le vin entonne,

Un bruit se fait, le pressoir en résonne.

Voilà, La Porte, en quel plaisir je suis,

Or' que ta ville épouvanté je fuis,

Or' que l'Automne épanche son usure

Et que la Livre à juste poids mesure

La nuit égale avec les jours égaux,

Et que les jours ne sont ni froids ni chauds.

Quelque plaisir toutefois qui me tienne,

Faire ne puis qu'il ne me ressouvienne

De ton Paris, et que toujours écrit

Ce grand Paris ne soit en mon esprit;

Et te promets que, sitôt que la bise

Hors des forêts aura la feuille mise,

Faisant des près la verte robe choir,

Que d'un pied prompt je courrai pour revoir

Mes compagnons et mes livres, que j'aime

Plus que ces champs, que toi, ni que moi-même.



Notes de renvoi

(1) Michel Dhénin. Deux monnayages des Meldi: les séries ROVECA et EPENOS. Profane et sacré en pays meldois. AMA Musée Bossuet. 1998Page 25

(2) Véronique Zech-Matterne et Laurent Bouby. Viticulture et viniculture dans le nord du Bassin parisien d’après les données archéobotaniques. Gallia. CNRS Editions 2011. Pages 257-262.

(3) Ibidem

(4) Toussaints du Plessis. Histoire de l'Eglise de Meaux. Tome II. Pièces justificatives. 1731. Page 2

(5) Maurice Lecomte. Le testament de sainte Fare, fondatrice et première abbesse de Faremoutiers. Bulletin de la conférence d'histoire et d'archéologie du diocèse de Meaux. 1894. Pages 321 à 338

(6) Théophile Lhuillier. Recherches historiques et archéologiques sur la commune de Boutigny. Le Blondel. Meaux. 1873. page 4.

(7) Auguste Longnon. Documents relatifs au Comté de Champagne et de Brie, 1172-1361. Tome premier. Les fiefs. Paris, Imprimerie Nationale. 1901. Mention 1133, page 44.

(8) Mémoires des Intendants sur l'état des Généralités dressés pour l'instruction du Duc de Bourgogne. Tome I, Mémoire de la Généralité de Paris. A.M. de Boislisle. Paris Imprimerie Nationale. 1881

(9) Ibid. Page 293

(10) Ibid. Page 293

(11) Ibid. Page 294

(12) Metel de Bois-Robert. Les epistres du sieur de Bois-Robert-Metel, abbé de Chastillon . Dediees a monseigneur l'eminentißime cardinal Mazarin. Epistre VI à Monsieur de Balzac. Paris, Cardin Besongne, 1647, page 32.

(13) Nicolas Boileau Despréaux. Satyrae ex gallicis. typis Theobusteis. Paris. 1710. Satire III

(14) Anonyme. Mercure Galant. Avril 1694. Pages 37 à 47.

(15) Jacques Savary des Bruslons. Dictionnaire universel de commerce … les Jansons, à Waesberge (Amsterdam). 1726-1732. Col. 828.

(16) Théophile Lhuillier. Recherches historiques … sur la commune de Boutigny. Le Blondel. Meaux. 1873

(17) Th. Lhuillier. op. cit. page 9

(18) Th. Lhuillier. op. cit. page 5

(19) Th. Lhuillier. Ibidem.

(20) Th. Lhuillier. op. cit. page 6

(21) Archives départementales de Seine-et-Marne (en abrégé: ADSM) Atlas parcellaire de Boutigny levé en 1833. cote 66 Edt 1 G 7 .

(22) Jean-Marc Moriceau. Les fermiers de l'Ile-de-France, XV°-XVIII° siècle. Fayard. 1994. Pages 345 & 346.

(23) ADSM. Plan d'intendance de Boutigny. cote 1 C 42/2.

(24) ADSM. Registres paroissiaux. 1778-1787. cote 5 Mi 248.

(25) ADSM. recensement de population. Canton de Crécy-la-Chapelle. 1836. cote 10 M 12.

(26) Jean-Michel Desbordes. La chronique villageoise de Varreddes. Editions de l'Ecole. Paris. page 59.

(27) J-M Desbordes. op. cit. pages 59 et 60

(28) ADSM. Archives notariales de Coulommes. Etude Jean Rozé. Inventaire après décès du 9 juillet 1790. Mise aux enchères de la vendange du 26 septembre 1790. cote 125 E 57.

(29) Anonyme. La culture de la vigne dans l'arrondissement de Coulommiers d'après une enquête de 1807. Présenté et commenté par Marcel Lachiver. Paris Ile de France. Fédération des sociétés historiques et archéologiques de Paris et Île-de-France. Tome 30. 1979. Page 341

(30) ADSM. Matrice cadastrale de Boutigny. 1836-1914. cote 66 Edt 1 G 5.

(31) même source.

(32) ADSM. Archives notariales de Coulommes. Etude Jean Rozé. cote 125 E 57

(33) Anonyme. La culture de la vigne dans l'arrondissement de Coulommiers. 1807. Page 341

(34) Même source.

(35) Charles Aubriot. Monographie communale de Mareuil-lès-Meaux. 1888. Page 16. ADSM. Cote 30Z249

(36) Auguste Longnon. Op. Cit. Mention 1133, page 44.

(37) Paul Parfouru. Comptes du temporel de l'évêché de Meaux. 1425-1426. Picard. Paris. 1900. page VII.

(38) Ibidem. page XIV.

(39) Ibidem. page XII.

(40) Toussaints du Plessis. Op. cit. page 254

(41) Pierre Porter. Les mesures du vin en France aux XIIIe et XIVe siècles d'après les mémoriaux de la Chambre des comptes de Paris. Bibliothèque de l'école des chartes. 1991. Pages 435-446

(42) Richard Cooper. Les bénéfices de Ronsard d'après quelques documents des archives vaticanes. dans Ronsard en son 4° centenaire, actes du colloque international. Droz. Genève. 1988. page 105.

(43) ADSM. vente de biens nationaux. Cote non relevée

(44) Th. Lhuillier. op. cit. page 5

(45) Archives notariales Jean Roze de Coulommes. ADSM cote 125 E 51. Règlement succession Marlin

(46) ADSM. Minutes du notaire de Coulommes. cote 125 E 58.

(47) Jacques Bernet. Le journal d'un maître d'école d'Ile-de-France, 1771-1792. Septentrion. 2000. page 135.

(48) Jacques Bernet. op. cit. page 139.

(49) Micheline Baulant. Du bon usage de la dîme dans la région parisienne. Meaux et ses campagnes. Presses universitaires de Rennes. 2006. page 102.

(50) Nicolas Payen, lieutenant général du bailliage de Meaux. Manuscrit 122 Médiathèque Luxembourg. Meaux. page 9

(51) ADSM. Plan d'Intendance de Boutigny. Cote 1C42/2

(52) Notice sur le département de Seine-et-Marne. Ministère de l'agriculture et du commerce. 1878. Imprimerie nationale. Paris. 1878. Page 21

(53) Emile Adnot. Monographie communale de La Celle-sur-Morin. 1888. Page 13. ADSM. Cote 30Z55

(54) Pierre Lefevre. Monographie communale de Saint-Augustin. 1888. Page 13. ADSM. Cote 30Z355

(55) ADSM. Archives notariales de Coulommes. Etude Jean Rozé. cotes 125 E 57 & 125 E 58.

(56) Paul Bailly. A Nanteuil, quelques aspects de la vie rurale au 19° siècle. Histoire anecdotique de Nanteuil-lès-Meaux. Mairie de Nanteuil. 2000. page 73.

(57) ADSM. Archives notariales de Coulommes. Etude Jean Rozé. Inventaire après décès du 9 juillet 1790. cote 125 E 57

(58) Paul Bailly. Aperçu sur les vins, vignes et vignerons de la région de Meaux. Bulletin de la Société Littéraire et historique de la Brie. André Pouyé. Meaux. 1954. Page 25.

(59) Anonyme. La culture de la vigne dans l'arrondissement de Coulommiers. 1807. 4° tableau.

(60) M. Pelletier. Notice sur les vignes de l'arrondissement de Meaux. Bulletin de la Société d'agriculture, sciences et arts de Meaux. Imprimerie Dubois. Meaux. 1833. page 94.

(61) Jules Guyot. Etude des vignobles de France. Tome III. Imprimerie Impériale. Paris. 1868. P. 476 & 477.

(62) Paul Bailly. Aperçu sur les vins. op. cit. page 25.

(63) Julien Dujay. Statistique de Mareuil-lès-Meaux en 1834. Société d'agriculture, sciences et arts de Meaux. 1836. page 162.

(64) Emile Adnot. Monographie communale de La Celle-sur-Morin. Op. cit. Page 9.

(65) ADSM. Cadastre viticole 1956. cotes 3546 W 7 & 3546 W 2.

(66) Anonyme. La culture de la vigne dans l'arrondissement de Coulommiers. 1807. Page 329

(67) Anonyme. La culture de la vigne dans l'arrondissement de Coulommiers. 1807. Page 328

(68) Jules Guyot. op. cit. page 477.

(69) Jules Guyot. op. cit. pages 466 et 467.

(70) Jules Guyot. Op. cit. page 477

(71) Paul Bailly. A Nanteuil, quelques aspects de la vie rurale au XIX° siècle. Déjà cité. page 79.

(72) Les Parrichets et les Courrois de Mouroux. Deux hameaux briards se racontent. Ouvrage collectif. Monuments et sites de Seine-et-Marne. pages 52 et 53

(73) Catherine Niel & Monique Waicenberg. La vini-viticulture en Seine-et-Marne aujourd'hui. Notre département, la Seine-et-Marne n° 16. décembre 1990 - janvier 1991. pages 45 à 48.

(74) R. Bruneau. Baux à ferme. Recueil des usages du canton de Crécy. Meaux. Le Blondel. 1860. page 62.

(75) Charles Aubriot. Monographie communale de Mareuil-lès-Meaux. Op. cit.

(76) Paul Bailly. Aperçu sur les vins. op. cit. page 25.

(77) Anonyme. La culture de la vigne dans l'arrondissement de Coulommiers. 1807. Page 328

(78) Jean-Michel Desbordes. op. cit.

(79) Archives parlementaires de 1787 à 1860. Tome troisième. Cahier de doléances, plaintes et remontrances de l'ordre du tiers-état du bailliage de Meaux. Paul Dupont. Paris 1879. pages 727 & 728

(80) ADSM. Archives municipales de Boutignny. Registre des délibération du conseil municipal. 1789-An VIII. cote 66 Edt 1 D 1.

(81) Recueil des usages locaux. Arrondissement de Meaux. Imprimerie administrative. Melun. 1909.page 59

(82) Archives municipales de Coulommes. Registre des délibérations du conseil municipal. Mairie de Coulommes.

(83) L. Benoist. Lizy-sur-Ourq. La seigneurie au XVIII° siècle. Bulletin de la Société d'archéologie … de Seine-et-Marne. Le Blondel. Meaux. 1884. Page 170

(84) J.-A. Le Paire. Petite histoire populaire de Lagny-sur-Marne. Lagny. Emile Collin. 1906. Chapitre 5

(85) Auguste Diot. Le patois briard. Laffitte reprints. Marseille. 1979. page 144.

(86) ADSM. Atlas parcellaire de Boutigny levé en 1833. cote 66 Edt 1 G 7 .

(87) Jean-Michel Desbordes. op. cit. page 22

(88) Jean-Michel Desbordes. op. cit. page 24

(89) J.F. Vaudoré. Le droit rural français, ou Analyse raisonnée des lois, des 60 coutumes générales, des 300 coutumes locales de France. Eymery, Paris. 1823. Pages 112 et s.

(90) Recueil des usages locaux. Arrondissement de Meaux. Op. cit. page 59

(91) J.F. Vaudoré. Op. cit.

(92) J.F. Vaudoré. Op. cit.

(93) Jean-Michel Desbordes. op. cit. page 35

(94) Charles Aubriot. Monographie communale de Mareuil-lès-Meaux. Op. cit.. Page 18

(95) d'après Paul Bailly, Julien Dujay et Jules Guyot, articles déjà cités.

(96) Charles Aubriot. Monographie communale de Mareuil-lès-Meaux. Op. cit.. Page 49.

(97) Th. Lhuillier. op. cit. page 9.

(98) Gombert-Alexandre Réthoré. Histoire de Saint-Cyr-sur-Morin et des hameaux environnants. Le Blondel, Meaux. 1896. Page 30

(99) Côme Le Maire. Relevé des documents intéressant le département de Seine-et-Marne. Bourges, Fontainebleau. 1883. page 219

(100) Th. Lhuillier. L'ancien château des évêques de Meaux à Germigny l'Evêque. Bulletin de la Société d'archéologie, … de Seine-et-Marne. Bourges, Fontainebleau. 1894. Pages 99 et s.

(101) Famille Courboin. archives privées de la grande ferme de Coulommes. Voir bulletin Coulommes et autres lieux voisins. juin 2002.

(102) L. Benoist. Lizy-sur-Ourq. La seigneurie au XVIII° siècle. Bulletin de la Société d'archéologie … de Seine-et-Marne. Le Blondel. Meaux. 1884. Page 175

(103) Alexandre Bazin. Notice historique sur Sablonnières. Legrand. Melun. 1898. Page 40

(104) Ibid. page 121

(105) Anonyme. La culture de la vigne dans l'arrondissement de Coulommiers. 1807. Page 342

(106) Charles Aubriot. Monographie communale de Mareuil-lès-Meaux. Op. cit.. Page 18.

(107) Emile Frambourg. Monographie communale de Mauperthuis. 1888. Pages 21 & 22. ADSM. Cote 30Z254

(108) Section d'agriculture de l'Institut de France. Nouveau cours complet d'agriculture. Deterville. Paris. 1809. page 309.

(109) Jacques Bernet. Op. cit.

(110) Nouveau cours complet d'agriculture. op. cit.

(111) Ibid.

(112) Jacques Bernet. op. cit.

(113) Jean-Michel Desbordes. op. cit.

(114) Jacques Bernet. op. cit. page 112.

(115) ADSM. Registres de Baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse Saint-Christophe de Meaux. Série 5 Mi

(116) Julien DUJAY. Op. cit. page 170

(117) Registres des Baptêmes, mariages et sépultures de Coulommes. Archives municipales de Coulommes.

(118) Jean-Michel Desbordes. op.cit. page 33.

(119) Jacques Bernet. op. cit. pages 75 & 87.

(120) Jean-Michel Desbordes. op. cit. page 33.

(121) Nicolas Boileau Despréaux. Satire III. 1665.

(122) A.-M. de Boislisle. Op. cit.. pages 293, 342 et 250.

(123) A. Hugues. Le département de Seine-et-Marne. 1800-1895. E. Legrand. Melun. 1901.

(124) Assemblée départementale de Meaux du 14 octobre 1788. Cité par G. Leroy. Recherches historiques sur l'agriculture de Seine-et-Marne aux XVII° et XVIII° siècles. Société d'archéologie, sciences, lettres et arts du département de Seine-et-Marne. Meaux. 1869. page 432.

(125) Jean-François Gautier. Le vin. Le cavalier bleu. 2001. page 36.

(126) Jean-François Gautier. Ibid.

(127) T. Du Plessis. Op. cit.

(128) Georges Husson. Contes et nouvelles de la vallée du Morin. Lepillet. Meaux. 1907. page 158.

(129) Pierre-Louis Menon. Rondes et chants du pays briard. Fédération folklorique d'Ile de France. Paris. 1939.

(130) Paul Bailly. Aperçu sur les vins. op. cit. page 16.

(131) A.-M. de Boislisle. op. cit. page 392.

(132) Jean-Michel Desbordes. op. cit. pages 28, 29, et 30.

(133) Jacques Bernet. Op. cit. pages 63 et 69.

(134) Auguste Danvin. Monographie communale du Mesnil-Amelot. 1889. Pages 12, 14 & 15. ADSM cote 30Z262

(135) G. Leroy. op. cit. page 377

(136) Anonyme. La culture de la vigne dans l'arrondissement de Coulommiers. 1807. Page 336

(137) Anonyme. La culture de la vigne dans l'arrondissement de Coulommiers. 1807. Page 343

(138) Jules Dubern. Notice statistique sur l'arrondissement de Meaux. Société d'agriculture, sciences et arts de Meaux. Dubois. Meaux. 1833. page 26.

(139) M. Pelletier. op. cit. page 93

(140) ADSM. Recensements du canton de Crécy-en-Brie. Cotes diverses

(141) Cahier de doléances de Fublaines. Article 4è. ADSM cote 2bp1472

(142) Charles Aubriot. Monographie communale de Mareuil-lès-Meaux. Op. cit.. Page 53.

(143) Jacques Bernet. Op. cit.

(144) Jacques Bernet. op. cit. page 139.

(145) Jacques Bernet. op. cit. page 243.

(146) Jacques Bernet. op. cit. page 124

(147) Jacques Bernet. op. cit. page 136.

(148) Jacques Bernet. op. cit. page 147.

(149) Jacques Bernet. op. cit. page 159.

(150) Jacques Bernet. op. cit. page 229.

(151) Jacques Bernet. op. cit. page 120.

(152) Jacques Bernet. op. cit. page 146.

(153) Jacques Bernet. op. cit. page 163.

(154) 12 pamphlets sur les droits d'aides, 1790-1799. Projet de décret relatif aux droits sur les boissons. Paris Imprimerie nationale. Sans date. Page 3

(155) V.S. Lucienne. Leçons d'anti-alcoolisme, rédigées conformément au programme des écoles publiques. Camille Robbe. Lille. 1899. page 50.

(156) Georges Gassies. Les chartes de la ville de Meaux. Bulletin de la Société Littéraire et Historique de la Brie. Meaux 1900.

(157) Jules Pilliot. Monographie communale de Fublaines. 1888. Page 5. ADSM. Cote 30Z186

(158) Alexandre Bazin. Notice historique sur Sablonnières-en-Brie. impr. de E. Legrand (Melun). 1898. Page 51.

(159) Charles Aubriot. Monographie communale de Mareuil-lès-Meaux. Op.cit. Page 17.

(160) Charles Aubriot. Monographie communale de Mareuil-lès-Meaux. Op. cit. Page 7.

(161) Anonyme. La culture de la vigne dans l'arrondissement de Coulommiers.1807. Page 331

(162) M. Pelletier. Op. cit.. Page 91

(163) Emile Defoix. Monographie communale de Couilly-Pont-aux-Dames. 1888. Page 6. ADSM. Cote 30Z117

(164) François Tixier. Monographie communale de Chauffry. 1888. Page 5. ADSM cote 30Z95

(165) Adolphe Morisseau. Monographie communale de Beautheil. 1888. Page 9. ADSM cote 30Z23

(166) Charles Aubriot. Monographie communale de Mareuil-lès-Meaux. Op. cit.Page 20.

(167) François Lannier. Monographie communale de Chailly en Brie. 1888. ADSM Cote 30Z60. Page 16.

(168) M. Pelletier. op. cit. page 92

(169) Procès-verbal de l'Assemblée-générale du clergé de France, tenue à Paris... en l'année mil sept cent quatre-vingt-cinq, etc. Desprez, Paris, 1789. Pages 1137, 1154 à 1157,

(170) Anonyme. La culture de la vigne dans l'arrondissement de Coulommiers. 1807. page 330

(171) Camille Grésy. Monographie communale de Varreddes. 1888. ADSM Cote 30Z430. Page 6.

(172) ADSM. Archives municipales de Boutigny. Statistiques agricoles. 1859-1870. Cote 66Edt3F1

(173) même source

(174) Paul Parfouru. Op. cit. page 41.

(175) Gombert-Alexandre Réthoré. Histoire de Saint-Cyr-sur-Morin et des hameaux environnants. Le Blondel, Meaux. 1896. Page 23

(176) Ibid. page 24 d'après le cartulaire-censier de l'abbaye Notre-Dame de Jouarre. manuscrit BnF 11571

(177) GREHA. Saint-Germain-lès-Couilly, dépendance de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés de Paris. OAC. Saint-Germain-sur-Morin. 1998. page 34.

(178) Ibid.

(179) Ibid. page 36.

(180) Ibid.

(181) Archives parlementaires de 1787 à 1860. Tome quatrième. Cahier de doléances, plaintes et remontrances de la paroisse de Chalifert en Brie... Paul Dupont. Paris 1879. Page 393

(182) Th. Lhuillier. op. cit. page 5

(183) Gombert-Alexandre Réthoré. Op. Cit. pages 94 & 95

(184) L. Benoist & M. Adrien. Jaignes, notice historique et statistique du 12° au 19° siècles. Bulletin de la société d'archéologie … de Seine-et-Marne. Le Blondel, Meaux. 1884. Page 217

(185) Paul Bailly. Aperçu sur les vins. page 25.

(186) Cyprien Simon. Monographie communale de Coulommes. ADSM. Cote 30Z120 pages 13 & 14

(187) Alexandre Bazin. Notice historique sur Sablonnières-en-Brie. Emile Legrand. Melun. 1898. page 75

(188) Th. Lhuillier. Recherches historiques sur l'enseignement primaire dans la Brie. Imprimerie Destouches. Meaux. 1884. page s 95 et 96.

(189) Eugène Albert Hanneton. Monographie communale de Pommeuse. ADSM. Cote 30Z327 page 23

(190) Barnabé Le Vest de Roquemont. Les Aydes de France et leur régie. Guillaume Saugrain. Paris 1704. page 6.

(191) Ibid. page 49.

(192) Ibid. pages 73 & s.

(193) Archives parlementaires de 1787 à 1860. Tome quatrième. Des remontrances des habitants de la paroisse de Bussy-saint-Martin et Antilly. Paul Dupont. Paris 1879. page 389.

(194) B. Le Vest de Roquemont. op. cit. page 78

(195) Cahier des remontrances et doléances du Tiers Etat de la Ville de Meaux. Lepillet, Meaux. 1918. Art.63

(196) B. Le Vest de Roquemont. op. cit. page 219.

(197) B. Le Vest de Roquemont. op. cit. page 213.

(198) Jean-Baptiste Raveneau. Journal (1676-1688). Les presses du Village. Etrépilly. 1994. pages 83 & 84

(199) Ibid. page 161.

(200) B. Le Vest de Roquemont. op. cit. page 195.

(201) Archives parlementaires de 1787 à 1860. Tome troisième. Cahier de doléances, plaintes et remontrances de l'ordre du tiers-état du bailliage de Meaux. Paul Dupont. Paris 1879. pages 727 & 728

(202) Archives parlementaires de 1787 à 1860. Tome cinq. Cahier des gens du tiers-état des mairies et seigneuries de Sainte-Aulde et Chamoust pour les Etats de Versailles en 1789. Paul Dupont. Paris 1879. page 85.

(203) Archives parlementaires de 1787 à 1860. Tome quatrième. Cahier de doléances, plaintes et remontrances des habitants de la paroisse de Jaignes. Paul Dupont. Paris 1879. page 613.

(204) Jean-Michel Desbordes. op. cit. page 18. Pour en faciliter la compréhension, l'orthographe et la ponctuation des extraits de cette chronique ont été adaptées aux usages modernes.

(205) Jean-Michel Desbordes. op. cit. page 19.

(206) Jean-Michel Desbordes. op. cit. pages 19 à 25.

(207) Jean-Michel Desbordes. op. cit. page 26

(208) Archives parlementaires de 1787 à 1860. Tome cinq. Cahier des gens du tiers-état des mairies et seigneuries de Sainte-Aulde et Chamoust pour les Etats de Versailles en 1789. Paul Dupont. Paris 1879. page 85.

(209) Archives parlementaires de 1787 à 1860. Tome quatrième. Cahier de doléances, plaintes et remontrances des habitants de la paroisse de Jaignes. Paul Dupont. Paris 1879. page 613.

(210) Paul Parfouru. op. cit. page V.

(211) Ibidem.

(212) Th. Lhuillier. op. cit. page 6

(213) Archives parlementaires de 1787 à 1860. Tome cinquième. Cahier de doléances, plaintes et remontrances des habitants de la paroisse de Villevaudé... Paul Dupont. Paris 1869. col. 208

(214) Roger Blais. La Capitainerie royale des Chasses de Montceaux en la province de Brie. Bulletin de la Société littéraire et historique de la Brie. 1977. page 7.

(215) Ibid. page 10.

(216) Ibid. op. cit. page 15

(217) Archives parlementaires de 1787 à 1860. Tome quatrième. Des doléances, plaintes et remontrances des habitants de la paroisse de Carnetin. Paul Dupont. Paris 1879. page 389.

(218) GREHA. op. cit. page 36.

(219) Cahier de doléances de Fublaines. Article 2è. ADSM cote 2bp1472

(220) Ibidem

(221) Jean-Michel Desbordes. op. cit.

(222) Jean-Michel Desbordes. op. cit. page 23

(223) Jean-Michel Desbordes. op.cit. page 19.

(224) Encyclopédie de Diderot et d'Alembert. article "molle"

(225) Ibid.

(226) Jean-Michel Desbordes. op.cit. page 33.

(227) Jean-Baptiste Raveneau. op.cit. page 24.

(228) Jean-Baptiste Raveneau. op. cit. pages 93 & 94

(229) Jean-Baptiste Raveneau. op. cit. page 117.

(230) Roger Lecotté. Recherches sur les cultes populaires dans l'actuel diocèse de Meaux. Fédération folklorique d'Ile de France. Paris. 1953. pages 226 et 227.

(231) Paul Bailly. Aperçu sur les vins. op. cit. pages 28 & 29.

(232) Semaine religieuse du diocèse de Meaux. 1885. Page 52

(233) Roger Lecotté. op. cit. page 25.

(234) René-Charles Plancke. Crécy-en-Brie et ses environs. Amatteis. Le Mée-sur-Seine. 1989. page 115.

(235) Roger Lecotté. op. cit. pages 17.

(236) Jean-Baptiste Raveneau. op. cit. page 74.

(237) Les Parrichets et les Courrois de Mouroux. Deux hameaux briards se racontent. Op. cit. Pages 57 et s.

(238) Roger Lecotté. op. cit. page 25.

(239) Roger Lecotté. op. cit. page 63.

(240) Roger Lecotté. op. cit. page 159.

(241) Roger Lecotté. op. cit. page ?

(242) Philippe-Auguste Millet. De la Législation sur les boissons, son histoire, son état actuel, sa réforme. Plon. Paris. 1847. Page 4

(243) L. Prévaudeau. Les impôts en France : les impôts depuis la Révolution. H. Gautier. Paris. page 19

(244) Journal des débats. 24 septembre 1851.

(245) M. Truffaut. Nouveau moyen proposé pour combattre le champignon de la vigne (Oïdium Tuckeri). Flore des serres et des jardins de l'Europe. Tome VII. 1851-1852. Page 123

(246) Société d'agriculture, sciences et arts de Meaux. Dubois. Meaux. 1863. Page 140

(247) Ibid. page 141

(248) Ibid. page 143.

(249) Société d'agriculture, sciences et arts de Meaux. Cochet. Meaux. 1867. page 24.

(250) Rapports et délibérations du Conseil Général de Seine-et-Marne. Drosne. Melun. Avril 1883. Page 89

(251) Rapports et délibérations du Conseil Général de Seine-et-Marne. Drosne. Melun. Août 1884. Page 139

(252) Rapports et délibérations du Conseil Général de Seine-et-Marne. Drosne. Melun. Août 1885. Page 143

(253) Rapports et délibérations du Conseil Général de Seine-et-Marne. Drosne. Melun. Avril 1891. Page 412

(254) La Vigne française. 15 septembre 1892. page 265.

(255) Rapports et délibérations du Conseil Général de Seine-et-Marne. Drosne. Melun. 1892. Page 375

(256) Rapports et délibérations du Conseil Général de Seine-et-Marne. Drosne. Melun. 1893. Page 612

(257) Rapports et délibérations du Conseil Général de Seine-et-Marne. Drosne. Melun. 1893. Page 420

(258) Rapports et délibérations. du Conseil Général de Seine-et-Marne. Drosne. Melun. Août 1898. Pages 511, 514 & 515

(259) Ibid. page 511

(260) Rapports et délibérations du Conseil Général de Seine-et-Marne. Drosne. Melun. Août 1899. Page 537

(261) Rapports et délibérations du Conseil Général de Seine-et-Marne. Drosne. Melun. Août 1900. Page 482

(262) Rapports et délibérations du Conseil Général de Seine-et-Marne. Drosne. Melun. Août 1900. Page 472

(263) Rapports et délibérations du Conseil Général de Seine-et-Marne. Drosne. Melun. Août 1900. Page 478

(264) Rapports et délibérations du Conseil Général de Seine-et-Marne. Drosne. Melun. Août 1901. Page 498

(265) Rapports et délibérations. du Conseil Général de Seine-et-Marne. Drosne. Melun. Août 1898. page 514

(266) Ibid. page 511

(267) Rapports et délibérations du Conseil Général de Seine-et-Marne. Drosne. Melun. Avril 1899. Page 190

(268) Rapports et délibérations du Conseil Général de Seine-et-Marne. Drosne. Melun1900. Page 482

(269) Rapports et délibérations du Conseil Général de Seine-et-Marne. Drosne. Melun. Août 1901. Page 494

(270) Rapports et délibérations du Conseil Général de Seine-et-Marne. Drosne. Melun. Août 1886. Page 393

(271) Ibid. pages 388-389

(272) Rapports et délibérations du Conseil Général de Seine-et-Marne. Drosne. Melun. Août 1888. Page 453-454

(273) Rapports et délibérations du Conseil Général de Seine-et-Marne. Drosne. Melun. 1889. Page 361

(274) Jules Bénard. Rapport à Monsieur le Ministre de l'agriculture dans le département de Seine-et-Marne. Société d'agriculture, sciences et arts de Meaux. 1886. pages 57 et 58.

(275) Emile A. Defoix. Monographie communale de Couilly-Pont-aux-Dames. Op. cit.. Page 6. ADSM.

(276) Louis Achille Adrien. Monographie communale de Jaignes. 1888. Page 9. ADSM. Cote 30Z214

(277) Jules Emile Richard. Monographie communale de Boitron. 1888. Page 9. ADSM. Cote 30Z38/1

(278) Emile H. Adnot. Monographie communale de La-Celle-sur-Morin. Op. cit.. Pages 9 & 10.

(279) Jules Fleury. Monographie communale de Chalifert. 1888. Page 9. ADSM. Cote 30Z68

(280) M. Corvée. Monographie communale de La Chapelle-sur-Crécy. 1888. Pages 6 & 7. ADSM. Cote 30Z84

(281) Rapports et délibérations du Conseil Général de Seine-et-Marne. Drosne. Melun. Avril 1899. Page 190

(282) Rapports et délibérations du Conseil Général de Seine-et-Marne. Drosne. Melun. Avril 1905. Page 486

(283) Rapports et délibérations du Conseil Général de Seine-et-Marne. Drosne. Melun. Avril 1908. Page 535

(284) Rapports et délibérations du Conseil Général de Seine-et-Marne. Drosne. Melun. Mai 1914. Page 372

(285) Anonyme. La culture de la vigne dans l'arrondissement de Coulommiers.1807. Op. cit.

(286) Emile H. Adnot. Monographie communale de La-Celle-sur-Morin. Op.cit.. Pages 9 & 10.

(287) Anonyme. La culture de la vigne dans l'arrondissement de Coulommiers. 1807. Pages 342-343

(288) A.-M. de Boislisle. Mémoires des intendants sur l'état des Généralités. Op. cit. page 275

(289) A.-M. de Boislisle. Mémoires des intendants sur l'état des Généralités. Op. cit. page 288

(290) Henri Sempé. Régime économique du vin. Faculté de droit de l'université de Bordeaux. Imp. Gounouilhou. Bordeaux. 1898. Page 61

(291) Ibid.

(292) Collection complète des lois, décrets, ordonnances, règlements, et avis du Conseil d'Etat. Tome 52. Paris. 1852. Page 187

(293) Raymonde Caralp-Landon. Le transport ferroviaire des vins du Languedoc vers Paris. Revue géographique de Lyon. 1951. Page 273

(294) Halle aux vins de Paris. Article Wikipédia.

(295) Conseil Général de Seine-et-Marne. Rapports et délibérations. Imprimerie administrative. Paris. 1864. Pages 73 et 74

(296) Conseil Général de Seine-et-Marne. Rapports et délibérations. Drosne. Melun. Avril 1881. Page 131.

(297) Eugène Albert Hanneton. Monographie communale de Pommeuse. Op. cit. pages 8 et 9

(298) Louis Godefroy. Monographie communale d'Esbly. ADSM cote 30Z160. 1888. Page 6

(299) Archives municipales de Coulommes. Registre des délibérations du conseil municipal. Mairie de Coulommes.

(300) Roger Lecotté. op. cit. page 25.

(301) Roger Lecotté. Saint Vincent 1939, en Brie. Revue de folklore français. Laroze. Paris. Janvier-mars 1939. Pages 13 à 17

(302) Cadastres viticoles de Boutigny et Coulommes. ADSM. 1956. Cotes 3546W2 et 3546W7

(303) http://www.le-vin-vagabond.com/l-actualite-lvv/vit...

compteur.js.php?url=2DUz8lp8bKo%3D&df=QN